Réfléchissons en communistes. Même si c'est anachronique, posons-nous la question suivante :
c'était quoi le taux de chômage dans l'Empire Romain à l'époque du “panem et circenses” ?. Aussi : est-ce quand un citoyen rencontrait un autre citoyen il lui demandait :tu fais quoi dans la vie ??
L'analyse matérialiste historique de Marx fournit une excellente grille de lecture pour ces deux questions. À Rome, sous le Haut-Empire (l'époque de la formule de Juvénal, panem et circenses), les concepts modernes de « marché du travail » ou de « travail salarié » n'existaient pas sous leur forme capitaliste.
1. Le « taux de chômage » à l'époque du panem et circenses
Si l'on devait transposer nos indicateurs modernes, le taux de chômage au sens strict (recherche d'un emploi salarié à temps plein) n'a pas de sens pour la Rome antique. En revanche, le taux de sous-emploi structurel de la population libre à Rome était massif, souvent estimé par les historiens entre 30 % et 50 % de la plebe urbaine.
Ce phénomène s'explique par les rapports de production de l'époque :
- L'économie esclavagiste : L'afflux massif d'esclaves issus des conquêtes a tué le travail salarié libre. Les grands propriétaires fonciers et patriciens utilisaient une main-d'œuvre servile, non rémunérée, dans les domaines agricoles et l'artisanat.
- La désagrégation de la paysannerie libre : Les petits paysans romains, ruines par les guerres et incapables de rivaliser avec les latifundia (grands domaines esclavagistes), ont migré vers la capitale. Cela a créé un prolétariat urbain sans moyens de production.
- Le rôle de l'État (L'annone et les jeux) : Pour éviter une révolution ou des émeutes de la faim de ce prolétariat déclassé, l'Empire pratiquait la redistribution gratuite de grain (annona) et offrait des spectacles d'État. Le panem et circenses était le dispositif de contrôle social d'un mode de production esclavagiste saturé.
2. Se demandait-on « tu fais quoi dans la vie ? » ?
Absolument pas. Cette question est une construction typique du capitalisme industrialisé, où la valeur sociale de l'individu et son aliénation sont indexées sur sa profession ou sa position dans la division du travail.
À Rome, deux citoyens libres qui se rencontraient s'évaluaient selon d'autres critères :
- Le statut social et le rang (ordo) : On cherchait à savoir si l'autre était sénateur, chevalier ou plébéien. La filiation et le nom de famille (gens) privalent sur tout activité.
- La citoyenneté et l'origine : Était-il un citoyen de naissance, un affranchi, ou un provincial ?
- Le réseau de clientèle : La question n'était pas « que fais-tu ? », mais « de qui es-tu le client ? » (qui est ton patronus ?). L'économie sociale reposait sur le clientélisme : le plébéien libre offrait son soutien politique ou sa présence au forum à un patricien riche en échange de protection, de repas ou d'argent.
Le travail manuel (labor) était perçu par l'élite et par la culture dominante comme dégradant et réservé aux esclaves ou aux personnes serviles. Un citoyen romain accompli valorisait l'otium (le temps libre consacre à la vie publique, à la philosophie ou à la politique) plutôt que le neg-otium (le commerce ou le travail rémunéré).