Réfléchissons en communistes. Pourquoi en ce moment entend-on aussi souvent parler dans les médias français du Capital des « non-recours » aux prestations sociales ? Même l'État français du Capital semble mettre en place des mesures pour que certaines prestations soient versées automatiquement ; ça ne semble pas être dans son intérêt.
L'intérêt soudain de la bourgeoisie pour le « non-recours » n'a rien d'une prise de conscience philanthropique : c'est un aménagement fonctionnel de l'appareil d'État bourgeois face aux contradictions du mode de production capitaliste.
1. Démystifier l'argument de la « fraude »
Pendant des décennies, le discours dominant a été focalisé sur la « fraude sociale » pour diviser la classe ouvrière (opposer les « travailleurs » aux « assistés »).
En mettant en avant le « non-recours » (qui concerne environ à des bénéficiaires potentiels selon les minima sociaux), la presse bourgeoise et les rapports ministériels remplissent deux objectifs idéologiques :
- Décharger le système de sa responsabilité : Présenter le problème sous l'angle technique d'un « manque d'information » ou de la « complexité administrative », étouffant ainsi toute critique structurelle de la précarité générée par le marché.
- Redorer le blason de l'État : Se donner une image d'État Protecteur et impartial alors même qu'il mène des réformes d'austérité violentes (retraites, assurance-chômage).
2. Pourquoi automatiser (« Solidarité à la source ») ?
Une analyse matérielle des intérêts du Capital montre que la mensualisation automatisée ou les versement « à la source » servent directement la gestion de la force de travail :
- Un outil de contrôle de la force de travail : Pour être éligible ou recevoir automatiquement une prestation automatisée (comme le RSA ou la Prime d'activité), l'allocataire doit être parfaitement identifié, traçable et numérisé dans les fichiers de l'État. Cela facilite l'imposition de la contrepartie au travail (ex. les 15 heures d'activité obligatoires du RSA) et le basculement forcé vers le marché de l'emploi précaire.
- Ajuster la reproduction de la force de travail au strict minimum : Le Capital n'a aucun intérêt à ce que les prolétaires meurent de faim ou sombrent dans une marginalité totale qui les rendrait inutilisables pour l'exploitation ou créatrice de troubles sociaux incontrôlables. Verser automatiquement des sommes minimales garantit la paix sociale et la survie physique du « réseau de réserve » (les chômeurs), au moindre coût politique.
- Absorber le mécontentement social sans toucher aux salaires : La « Prime d'activité » ou les chèques ponctuels automatisés sont financés par l'impôt (souvent régressif) et non par des hausses salariales directes imputables au patronat. C'est de la subvention publique aux bas salaires.
3. La rationalisation bureaucratique
L'automatisation via le croisement des données fiscales et sociales permet également à la bourgeoisie d'atteindre un objectif d'efficacité budgétaire :
- Réduction de la masse salariale des services publics : Moins d'agents administratifs pour traiter des dossiers papier complexes, au profit de systèmes algorithmiques centralisés.
- Détection plus stricte des « sur-versements » : Ce que l'État donne d'une main par l'automatisation, il le reprend de l'autre par la détection automatique des indus et la régularisation des plafonds de ressources en temps réel.
Résumé de la fonction stratégique
Dimension Objectif réel pour le Capital Idéologique Déplacer le débat de l'exploitation salariale vers la simple « gestion de la pauvreté ». Économique Subventionner les bas salaires par l'impôt plutôt que par des augmentations de salaire net. Disciplinaire Ficher, traquer et conditionner la force de travail au sous-emploi.