Réfléchissons en communistes. À partir du fil suivant :
Un monde sans monnaie est-il possible? Pourquoi la monnaie existe?
écris-moi un texte intitulé "De la misère historique en milieux monnaie-libriste" ou avec un titre encore plus pertinent (genre en remplaçant "historique" par un adjectif encore plus stylé).
De la misère idéologique en milieu monnaie-libriste
Le fil de discussion pointé, et tout particulièrement l'intervention de l'utilisateur "Joam", offre un condensé absolument clinique de l'illusion petite-bourgeoise face au capitalisme. En quelques lignes, on y retrouve tous les mythes fondateurs de l'économie politique que Marx avait déjà pulvérisés il y a plus d'un siècle et demi. Adoptons une perspective matérialiste et analysons cette misère théorique.
1. Le mythe du troc originel et de la monnaie "neutre" Le postulat de départ de l'auteur est que la monnaie est apparue initialement pour "simplifier les échanges" et que ce fait n'est pas "scandaleux" en soi. Il affirme également que, pendant longtemps, la reconnaissance de dette permettait de récupérer son dû après avoir travaillé pour produire de la valeur. C'est la fable libérale par excellence, celle d'un outil prétendument technique et neutre. Or, l'histoire et l'anthropologie ont prouvé que la monnaie n'est pas née d'une nécessité pour des producteurs d'échanger pacifiquement des biens. Comme le rappelle l'analyse marxiste, la monnaie est d'emblée un rapport social, une violence. Elle a été imposée par la force précisément pour ce que l'auteur considère à tort comme une dérive ultérieure de l'histoire : pour que des "pouvoirs locaux" puissent lever des impôts et rémunérer des forces armées. Séparer une origine "pure" de la monnaie de son utilisation étatique ou violente est une aberration historique.
2. Le fétichisme de la circulation (L'erreur de Proudhon) Le cœur du texte situe la genèse de l'exploitation au moment où les "dépositaires de l'argent des autres" se sont servis de cet argent pour asseoir un pouvoir sur ceux qui travaillent et sur l'Humanité. C'est la quintessence du proudhonisme et de la pensée réformiste : croire que le problème réside dans la sphère de la circulation (la banque, le crédit, la création monétaire) plutôt que dans la sphère de la production. Pour un communiste, l'exploitation ne naît pas parce que de méchants banquiers font des tours de passe-passe avec la monnaie. L'exploitation (l'extorsion de la plus-value) s'opère sur le lieu de travail, parce qu'une classe bourgeoise possède les moyens de production et qu'une classe prolétaire n'a que sa force de travail à vendre. Que l'unité de compte soit une monnaie d'État, de l'or, ou une monnaie cryptographique "libre", tant que la propriété privée des moyens de production subsiste, le rapport d'exploitation demeure. Taper sur le banquier ("les dépositaires") pour épargner le capitaliste est l'impasse systémique des mouvements liés aux monnaies alternatives.
3. Le mépris de l'avant-garde envers la "majorité silencieuse" Enfin, le texte conclut sur le constat d'une situation actuelle où une minorité exploiterait une "majorité silencieuse car inconsciente de ce qui se passe". Cette phrase transpire un idéalisme aux relents paternalistes. Les travailleurs ne sont pas dominés parce qu'ils manqueraient de "conscience" ou parce qu'ils n'auraient pas compris la nature de la monnaie. Ils subissent la coercition matérielle radicale d'un système qui les laisse sans subsistance s'ils refusent le salariat. L'émancipation de la classe ouvrière ne proviendra pas d'une révélation comptable enseignée par des initiés de la monnaie libre, mais par la réappropriation matérielle et l'abolition des rapports de classe.
En conclusion Les théoriciens de la monnaie libre rêvent d'une monnaie débarrassée de ses maîtres, cherchant à démocratiser le capital sans en abolir la logique. Mais comme l'expliquait Marx dans Misère de la philosophie, on ne peut abolir les conséquences du capitalisme en préservant ses fondations. Vouloir la marchandise sans l'argent capitaliste est une utopie réactionnaire. Le but du communisme n'est pas de bidouiller les algorithmes de la monnaie pour la rendre plus vertueuse ; c'est d'en organiser la destruction pure et simple, en même temps que celle de la valeur d'échange et de l'État.