Révisons l'Histoire en communistes. Comment est-ce qu'en Europe de l'Ouest le Capital a-t-il détruit les savoirs ancestraux dans le domaine du soin pour mieux valoriser la médecine du Capital ? Chasse aux sorcières ?
Analyser la destruction des savoirs médicaux populaires sous un angle marxiste impose de regarder la transition du féodalisme au capitalisme via le concept d'accumulation primitive (développé par Karl Marx et approfondi par la philosophe féministe Silvia Federici dans Caliban et la Sorcière).
La « chasse aux sorcières » des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles n'était pas un reliquat de fanatisme médiéval, mais un processus éminemment moderne de discipline de la force de travail et d'appropriation du corps des femmes par l'État et la bourgeoisie naissante.
1. La privatisation du corps et la fin des « communs » du soin
Au Moyen Âge et au début de la Renaissance, la santé et la médecine reproductive (accouchement, contraception, avortement, soulagement des douleurs) reposaient sur un réseau communautaire de guérisseuses et de sages-femmes. Le savoir était empirique, transmis de génération en génération et gratuit ou basé sur l'entraide paysanne.
Pour imposer le salariat et le capitalisme, le Capital devait détruire l'autonomie des communautés paysannes :
- Enclosure des corps : Tout comme les terres communes (commons) ont été clôturées pour forcer les paysans au salariat, le corps des femmes a été « clôturé ».
- Démographie et force de travail : Le capitalisme naissant avait un besoin vital de reproduire la force de travail (ouvriers, marins, soldats pour les colonies). Les savoirs abortifs ou contraceptifs détenus par les guérisseuses s'opposaient directement aux exigences de natalité du Capital.
2. La chasse aux sorcières : terreur d'État et prolétarisation
La chasse aux sorcières a servi d'outil politique d'éradication massive :
- Incapacité et criminalisation : En qualifiant la magie, la phytothérapie et l'obstétrique traditionnelle de « sorcellerie » ou d'« hérésie », la bourgeoisie et les autorités religieuses ont criminalisé des siècles de médecine populaire.
- Destruction du réseau de solidarité : La terreur des bûchers a brisé la solidarité féminine et communautaire, instaurant la peur et forçant les femmes à se soumettre au rôle d'unités de reproduction au sein de la famille nucléaire.
3. L'institutionnalisation et la marchandisation : la « médecine du Capital »
L'éradication de la médecine empirique a permis la création d'un monopole médical bourgeois et masculin :
Médecine populaire (Avant le Capital) Médecine institutionnelle (Après la transition) Savoir : Transversal, horizontal, basé sur l'usage des plantes locales et la transmission orale. Savoir : Monopolisé par les universités (interdites aux femmes et aux classes populaires), théorisé et codifié. Accès : Gratuit, intégré aux usages de la communauté. Accès : Marchandisé, payant, réservé à l'élite ou encadré par le salariat. Philosophie : Le corps est perçu dans son ensemble et en lien avec son environnement. Philosophie : Le corps est vu comme une machine dont il faut optimiser la productivité (approche cartésienne). Les médecins de la bourgeoisie ont progressivement chassé les sages-femmes de l'accouchement (notamment avec l'invention d'outils comme le forceps) pour transformer la naissance en un acte médicalisé et payant, sous contrôle masculin.
Synthèse
La destruction des savoirs ancestraux du soin n'est pas un accident de la modernité : c'est la marchandisation de la santé à son stade initial. En brûlant la « sorcière » (la guérisseuse), le Capital a supprimé un contre-pouvoir populaire, privatisé la reproduction sociale et transformé le corps humain en une marchandise devant être entretenue pour maximiser la plus-value.