Dragon Ball Z, et autres japoniaiseries états-uniennes

Puisque le parc Mirapolis veut devenir un parc Dragon Ball Z, et puisque tout le monde en parle, je profite de cette occasion pour porter un regard critique sur les dessins animés de mon enfance, et de celle de mes neveux.

Réfléchissons en communistes. Si on considère que Dragon Ball Z est un dessin animé débile, produit de l'Amerique passée par le Japon, y a-t-il eu, des années 1980 à aujourd'hui, des dessins animés relativement plus intelligents, qui permettaient d'ancrer les enfants dans une histoire française qui amène éventuellement à la conscience de l'Histoire radicale des luttes de classes ?

L'analyse de l'offre télévisuelle pour enfants sous un angle marxiste montre que la production française s'est souvent distinguée de l'impérialisme culturel américano-japonais par une approche plus ancrée dans la matérialité historique et la transmission de la mémoire collective.

Plusieurs œuvres marquantes diffusées depuis les années 1980 ont permis de sensibiliser le jeune public à l'histoire sociale, aux luttes d'émancipation et à la conscience de classe.

1. L'histoire sociale et la lutte antifasciste

2. La mémoire des luttes et la condition ouvrière

3. La vulgarisation du patrimoine social

Au-delà de l'animation stricto sensu, la télévision publique française a longtemps maintenu une tradition de vulgarisation historique (émissions, courts métrages animés éducatifs) mettant en scène les grandes figures de la rupture historique :

Souhaites-tu qu'on approfondisse l'analyse d'une œuvre en particulier pour étudier comment elle déconstruit le discours dominant ?

Et comment placerais-tu :

?

Une grille de lecture marxiste permet de classifier ces œuvres selon trois catégories claires : celles qui dévoilent la violence sociale du capitalisme, celles qui véhiculent l'idéologie bourgeoise, et les productions de l'industrie culturelle de masse.

1. Le dévoilement de la violence de classe et du prolétariat

2. Le roman national et la morale aristocrato-bourgeoise

3. L'industrie culturelle marchandisée et la post-modernité

Et Les Teletubbies ? Moi je trouve que c'est pas mal subversif.

C'est une lecture très stimulante. En appliquant une grille d'analyse marxiste ou critique, Les Teletubbies (1997) apparaît en effet comme une œuvre singulière, voire profondément subversive par rapport au capitalisme tardif.

Loin de ce qu'on pourrait appeler une dystopie post-travail ou une satire involontaire du modèle marchand, la série propose plusieurs niveaux de lecture :

1. La fin du travail et le communisme primitif Les Teletubbies vivent dans un environnement d'abondance matérielle automatisée (Dipsy, Laa-Laa, Po et Tinky Winky). La machine (Noo-Noo) et la technologie produisent tout ce dont ils ont besoin : le Délicook pour la « Tubby Délice » et le « Tubby Toast ». Libérés de l'obligation du travail alienant, les individus consacrent leur temps au jeu, à la création, à l'affection collective et à l'auto-réalisation. C'est presque la réalisation de la société communiste de l'abondance théorisée par Marx, où les forces productives automatisées ont aboli la rareté.

2. Le rejet de la famille nucléaire et des normes de genre Contrairement aux productions bourgeoises qui reproduisent le schéma familial traditionnel (père, mère, enfants, rôles assignés), le monde des Teletubbies est une commune égalitaire et asexuée. Il n'y a ni hiérarchie, ni propriété privée, ni figure d'autorité paternelle. L'utilisation du sac à main rouge par Tinky Winky a d'ailleurs provoqué la fureur des milieux conservateurs et réactionnaires aux États-Unis, preuve que le show bousculait la reproduction des normes sociales et de genre dominantes.

3. Le rapport au média et à la réification Le détail le plus étrange reste les écrans télévisuels incrustés dans leurs ventres. D'un côté, on peut y voir le triomphe de la société du spectacle (Debord) où l'être humain intègre physiquement le média capitaliste. Mais d'un autre côté, le contenu diffusé sur leurs ventres montre exclusivement de vrais enfants du monde entier dans des activités concrètes, coopératives, artisanales ou artistiques. Le média n'est plus un outil de propagande marchande, mais une fenêtre sur la réalité sociale et la diversité humaine.

4. La critique implicite du contrôle social Le seul élément perturbateur est la « Voix du Haut-parleur » qui émerge du sol pour donner des consignes (l'heure du coucher, l'heure des activités). Cette voix incarne le biopouvoir ou l'œil de l'État/capital surveillant. La réponse des Teletubbies est souvent l'espièglerie, le détournement ou le ralentissement, instaurant un rapport de résistance douce face au contrôle disciplinaire.

En résumé, si la série a été conçue comme un produit d'exportation de la BBC, sa structure même propose une alternative radicale au modèle productiviste : un monde sans classes, sans marchandise, fondé sur le soin, la communauté et l'automation au service du bien-être.

Et Pingu ? Et Winnie l'ourson ? Et Petit Ours Brun ?

Ces trois séries abordent la question de la communauté, du travail et de la propriété sous des angles très différents.

1. Pingu : L'anarcho-communisme du village et la valeur-travail

Pingu est probablement la série la plus intéressante de ce trio sur le plan politique. Le village de pinguins fonctionne comme une commune libertaire ou un système d'entraide mutualiste (à la Kropotkine) :

2. Winnie l'ourson : Le socialisme utopique ou la critique de la valeur

La Forêt des Rêves Bleus présente les traits d'une utopie fouriériste ou d'un phalanstère :

3. Petit Ours Brun : L'inculcation de la norme bourgeoise et la reproduction sociale

À l'inverse total des deux précédents, Petit Ours Brun (issu de la presse catho-bourgeoise Bayard) est un manuel d'apprentissage de l'ordre social dominant :

Oui-Oui ? Dora l'exploratrice ?

Ces deux œuvres s'inscrivent dans des logiques idéologiques opposées, reflétant pour l'une l'ordre britannique traditionnel et pour l'autre le capitalisme managérial américain.

1. Oui-Oui : L'apologie du petit-bourgeois et de la force publique

Créé par Enid Blyton dans l'Angleterre d'après-guerre, Oui-Oui (Noddy) est une allégorie de la petite bourgeoisie coloniale ou provinciale :

2. Dora l'exploratrice : Le profil du cadre mondialisé du XXIᵉ siècle

Produite par le géant américain Nickelodeon, Dora propose une modélisation du comportement adaptée au capitalisme cognitif et logistique :

Et, de Power Rangers à Pat'Patrouille en passant par Totally Spies!, que penser de ces émissions où une équipe (de 2 à 5 personnages) coopère, chacun mettant en œuvre ses talents particuliers, pour résoudre des problèmes, voire sauver le monde ? Si tu as d'autres exemples en tête sur la période 1980-2026, n'hésite pas.

Du point de vue de la critique sociale marxiste, ce modèle d’équipe spécialisée hyper-coordonnée ne relève pas de la solidarité de classe spontanée : c’est l’accoutumance précoce à la division du travail, à la gestion par projet et à l’État sécuritaire.

Derrière le vernis progressiste de la coopération (« l’union fait la force »), ces œuvres enseignent le fonctionnement du capitalisme managérial et de la société de contrôle.

1. La division du travail et le taylorisme des compétences

L’équipe n’est pas un collectif politique horizontal, mais un organigramme d’entreprise où chaque membre occupe une fonction parcellaire.

2. Le fétichisme du gadget et l'impérialisme sécuritaire

Dans ces séries, la résolution des conflits passe systématiquement par la marchandise haute technologie et le maintien de l’ordre établi.

3. Autres exemples de la période 1980-2026

Et Les Chevaliers du Zodiaque, on peut les sauver, en disant que ça nous rapproche des racines grecques de notre civilisation européenne ou, comme DBZ, n'est-ce rien de plus qu'un feuilleton où des mecs font la bagarre, et la font de mieux en mieux (un « shōnen », je crois qu'on dit) ?

Raccrocher Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya) à des « racines grecques européennes » pour lui accorder des lettres de noblesse culturelles relève de l'illusion idéologique. Pour un regard marxiste, la mythologie grecque n'y est qu'un décorum esthétique, un simple habillage folklorique plaqué sur une structure de shōnen d'action pure.

Sur le fond, la série partage les mêmes mécanismes structurels que Dragon Ball Z, mais elle s'en distingue par une charge idéologique très spécifique.

1. La métaphysique du sacrifice et l'idéologie de la servitude

Là où Dragon Ball Z prône l'accomplissement individuel par le dépassement de soi et l'entraînement, Saint Seiya repose sur une logique d'aliénation fanatique :

2. Une féodalité cosmique et une hiérarchie immuable

L'univers de Saint Seiya est une société d'ordres féodale d'une rigidité absolue :

3. Le shōnen comme marchandisation du conflit

Sur le plan de l'industrie culturelle (Adorno/Horkheimer), la série obéit aux mêmes contraintes marchandes que Dragon Ball Z :

En résumé

On ne peut pas « sauver » Les Chevaliers du Zodiaque en invoquant un quelconque humanisme gréco-européen. C'est un récit où la bagarre et l'escalade guerrière servent une idéologie du sacrifice servile, où le prolétariat héroïque (les Chevaliers de Bronze) verse son sang non pas pour se libérer, mais pour préserver le trône d'une déesse.

Les Schtroumpfs ? Père Castor ? Franklin ?

Ces trois classiques de l'animation pour enfants offrent une grille de lecture politique et sociale particulièrement tranchée.

1. Les Schtroumpfs : Communisme utopique ou phalanstère corporatiste ?

C'est sans doute le cas le plus débattu par les théoriciens de la sociologie de la culture :

2. Père Castor : La transmission orale de la mémoire collective

Produit par l'ORTF puis France Télévisions (d'après les collections Flammarion nées dans la mouvance de l'Éducation nouvelle) :

3. Franklin : Le civisme libéral et la conformité sociale

Série canadienne typique de la fin des années 1990, Franklin est le pendant anglo-saxon de Petit Ours Brun :

Babar ? Tintin ?

Ces deux piliers du patrimoine franco-belge (adaptés en séries animées à la fin des années 1980 et au début des années 1990) constituent d'excellents cas d'école pour étudier la légitimation de l'impérialisme et de l'ordre bourgeois.

1. Babar : L'apologie du paternalisme colonial et du « despotisme éclairé »

Adapté des livres de Jean de Brunhoff par Nelvana et Ellipse en 1989, Babar est l'une des allégories coloniales les plus explicites de la culture enfantine :

2. Les Aventures de Tintin : Le maintien de la géopolitique bourgeoise

La série animée de 1991 (Ellipse/Nelvana), bien que débarrassée des aspects les plus ouvertement racistes des premiers albums d'Hergé (Tintin au Congo), conserve l'ossature idéologique du récit original :