De l’amnésie matérialiste en milieu monnaie-libriste

Réfléchissons en communistes. À partir du fil suivant :

Un monde sans monnaie est-il possible? Pourquoi la monnaie existe?

écris-moi un texte intitulé "De la misère historique en milieux monnaie-libriste" ou avec un titre encore plus pertinent (genre en remplaçant "historique" par un adjectif encore plus stylé).

De l’amnésie matérialiste en milieu monnaie-libriste

Remarques critiques sur la métaphysique de la monnaie et l’illusion du Dividende Universel

Dans un échange récent sur le forum de la Monnaie Libre, l’un des contributeurs résume avec une grande naïveté la genèse de l’outil monétaire :

« Pendant longtemps la reconnaissance de dette était effectivement un moyen de récupérer quelque chose lorsqu’on avait bossé pour produire ce qui avait de la valeur dans la société de l’époque. Et que les premières monnaies soient apparues pour simplifier les échanges n’est pas en soi scandaleux. Là où cela s’est compliqué, c’est quand des pouvoirs locaux ont utilisé une monnaie pour payer leur armée et pour encaisser des impôts. Puis ensuite lorsque les dépositaires de l’argent des autres ont utilisé cet argent pour en créer un pouvoir... »

Ce texte concentre toutes les illusions idéalistes et anhistoriques de l'idéologie libertarienne et « monnaie-libriste » (Théorie Relative de la Monnaie). Réfléchir en marxistes, c’est précisément démonter ce conte de fées bourgeois et remettre la question monétaire sur ses pieds : ceux du mode de production, des rapports de classe et de l’extorsion de la plus-value.

1. La fable du troc et du « bon marchand » : une mythologie bourgeoise

On retrouve ici le vieux mythe d'Adam Smith : au commencement était le troc, puis le travailleur individuel créa de la valeur, et la monnaie vint fort commodément « simplifier les échanges ».

Cette vision relève de la pure métaphysique idéaliste. La monnaie n'est pas née de la volonté d'individus atomisés cherchant à s'échanger poliment le fruit de leur « travail ». Marx l'a montré dans le Livre I du Capital : la forme-monnaie est le produit nécessaire du développement de la marchandise. C'est lorsque la production cesse d'être tournée vers l'usage communautaire pour devenir une production de marchandises destinées à l'échange que la valeur d'échange a besoin de s'incarner dans un équivalent général.

Parler de « bosser pour produire de la valeur » dans des sociétés pré-capitalistes sans caractériser le mode de production (communisme primitif, mode de production asiatique, esclavagisme, féodalisme) est un anachronisme complet. La valeur n'est pas une substance magique secrétée par le travail individuel, c'est un rapport social historiquement déterminé.

2. L'État et la monnaie : inverser la cause et l'effet

Le message poursuit en affirmant que les choses se sont compliquées quand l'État a utilisé la monnaie « pour payer son armée et encaisser des impôts ». C'est prendre le problème par la queue.

L’État et l'impôt n'arrivent pas comme des parasites extérieurs qui viennent « corrompre » un échange pur et pacifique. L'État naît précisément du développement des contradictions de classes au sein de la société. L'émergence des monnaies frappées par les États anciens (comme l'a bien montré l'anthropologie historique, de David Graeber aux travaux marxistes) est consubstantielle à la violence structurelle, à la conquête, à l'esclavage et à la nécessité pour une classe dominante d'extraire un surproduit. La monnaie n'a pas été « détournée » par le pouvoir : elle est l'expression même du développement des rapports de domination et de la marchandisation du monde.

3. Du « méchant banquier » au fétichisme de la monnaie

La conclusion du post sombre dans le réformisme moral classique : le mal viendrait des « dépositaires de l'argent » (les banquiers) qui auraient confisqué le pouvoir face à une « majorité silencieuse inconsciente ».

C'est là le cœur de la déviation monnaie-libriste (et plus largement du réformisme petit-bourgeois) : attribuer au système monétaire la responsabilité des maux du capitalisme.

Pour les partisans de la June (G1) et de la TRM, le problème n'est pas l'appropriation privée des moyens de production, ni l'exploitation de la force de travail, ni la baisse tendancielle du taux de profit, ni la propriété capitaliste. Le problème serait simplement l'émission monétaire, supposée « injuste » ou « centralisée ». Selon eux, il suffirait de redistribuer la création monétaire de manière égale via un « Dividende Universel » mathématique pour que le système devienne magiquement « libre » et juste.

C'est méconnaître fondamentalement la nature de la monnaie sous le capitalisme. La monnaie sous le capitalisme fonctionne comme capital — c’est-à-dire comme valeur qui s’accroît par l’extorsion de la plus-value sur le prolétariat dans le procès de production.

Conclusion : La monnaie libre ou l'utopie de la marchandise propre

Changer le mode d'émission de la monnaie sans toucher aux rapports de propriété et d'exploitation revient à repeindre les barreaux de la cage. Distribuer une monnaie dite « libre » dans un monde où les usines, les terres, les algorithmes et les infrastructures appartiennent toujours à la bourgeoisie ne fera que ramener cette monnaie, par le jeu du marché, entre les mains des possesseurs de capital.

Le projet monnaie-libriste est l'expression d'une petite-bourgeoisie désorientée qui rêve d'un capitalisme sans banquiers, d'un marché sans exploitation et d'une marchandise sans aliénation.

Pour les communistes, la question n'est pas de créer une « monnaie plus juste » ou un « algorithme équitable », mais d'abolir le système prostitutionnel de la marchandise, du travail salarié et de la monnaie elle-même. La libération humaine ne viendra pas d'une monnaie mathématiquement libre, mais de la réappropriation collective des moyens de production et du passage à une société où la production est directement organisée selon les besoins : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! »