faut-il sauver l'agriculture française ?

Sur leurs pancartes, les paysans qui manifestent écrivent :

NOTRE FIN SERA VOTRE FAIM.

Et donc, comme Bolivard, tout le monde chante Sauvons nos agriculteurs.

Mouais.

Bof.

Les ouvriers du textile français en leur temps auraient pu, eux aussi, essayer de terroriser leur monde en écrivant :

NOTRE FIN SERA VOTRE FROID.

Ça n'aurait pas été beaucoup plus ridiciule.

Moi je suis assez convaincu qu'on peut faire produire tout ce qu'on consomme en France à l'étranger, en Ukraine, au Brésil ou ailleurs, sans que ça ne pose de problème d'approvisionnement calorique.

On dira ce qu'on voudra sur l'économie de marché : elle a quand même le mérite de bien fonctionner, dès qu'il s'agit de faire circuler des marchandises d'un point A à un point B.

Alors il paraît que le travail d'un agriculteur crée quelque chose comme 17 emplois. En supprimant l'agriculture, on aurait donc quelques 7 millions de chômeurs en plus.

Et donc ?

Qu'est-ce que 7 millions de chômeurs supplémentaires en France ? On n'est plus à ça près.

Avec la quantité folle de valeur produite par les travailleurs d'Airbus et Cie, je suis sûr qu'on pourrait vivre nombreux sur leurs dos.

On entend aussi que l'agriculture structure les paysages.

C'est vrai : mais sans agriculture, on aurait probablement des forêts, pas des champs. Et, moi, je préfère les forêts.

Bon, il se peut aussi qu'on remplacerait les champs de blé par des champs de panneaux solaires, ou des parkings de supermarchés. Auquel cas, effectivement, ce ne serait pas ouf.

Y a-t-il de bonnes raisons de sauver l'agriculture en France ?

S'il y a une raison à chercher, c'est celle de permettre à ceux qui ont envie de pratiquer cette activité de pouvoir la pratiquer ici, près de leur famille et de leurs amis, plutôt que d'avoir besoin de déménager en Ukraine, au Brésil ou en Nouvelle-Zélande.

C'est tout.

Et on pourrait appliquer cette logique à tous les autres secteurs, et exiger qu'on relocalise tout un tas d'industries, depuis longtemps parties en Chine ou ailleurs.

Mais ce n'est pas dans la logique de la division internationale du travail exigée par le mode de production capitaliste.

Sauver l'agriculture en France sans abattre le capitalisme, c'est aussi absurde que sauver le texile français sans abattre le capitalisme.