les agriculteurs et la crise du disque

C'est intéressant ce qui est en train de se passer en ce moment.

Dans un reportage sur TF1 Info, le journaliste va voir un agriculteur dénommé Gabriel — véridique ! 😆 — et avec lui compare, sur différents produits (patates, lait, choux rouge), le prix payé par le consommateur au distributeur et le prix payé par l'intermédiaire à l'agriculteur. On calcule alors la différence totale entre le prix payé par le consommateur et le prix auquel l'agriculteur vend sa production, et dans cette différence on ignore la répartition entre l'intermédiaire et le distributeur. D'ailleurs, comme l'indique le PDG de Lidl, même les distributeurs ignorent le prix auquel les intermédiaires achètent leurs produits aux agriculteurs.

Le reportage ne nous montre pas des diagrammes camembert avec les parts de répartition du prix de vente final.

Mais on n'en est pas loin, et tout ça me rappelle très fortement ce dont on discutait pendant la fameuse crise du disque qui avait lieu il y a… 20 ans déjà — putain, ça nous rajeunit pas ! 😭

Je crois qu'il est assez justifié de dire que, là, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaaaaaîîîîîtreeeuuuh.

Bref, on parle du partage de la valeur.

Pour rappel donc, un rapport de l'IRMA datant de 2006 et intitulé Filière de la musique enregistrée : quels sont les véritables revenus des artistes interprètes ? nous donne la répartition de la valeur sur le prix d'un CD, qu'on payait alors 14,99 € ou 19,99 € :

répartition de la valeur sur le prix d'un album de musique

Face au P2P, il y avait à l'époque deux grandes solutions envisagées :

Au final, la licence globale n'aura pas été mise en place, et la HADOPI n'aura probablement pas eu grand effet sur le téléchargement en pair à pair.

En revanche, l'arrivée et l'adoption du smartphone, avec en parallèle l'apparition de plateformes de streaming comme Deezer puis Spotify, sans oublier Youtube, a bouleversé ce secteur d'activité.

Les usines où on pressait de la musique sur des CD ont été remplacées par des usines où on presse des développeurs sur des claviers, afin qu'ils codent les plateformes de streaming.

Les actionnaires assis sur le dos du créateur de musique ne sont plus les mêmes (quoique), mais le créateur n'a rien gagné dans l'histoire.

Car le marché des plateformes de streaming est en situation d'oligopsone. Il n'y a pas beaucoup de plateformes, parce qu'il semble difficile pour une plateforme de négocier les contrats avec suffisamment d'ayants-droit (les maisons de disque) pour obtenir un catalogue suffisamment large pour être intéressant. À une époque, j'avais testé Soundcloud Go+, et je me rappelle que c'était pas fou-fou : il y avait beaucoup de trous dans le catalogue.

Du coup, comme avant, les créateurs de musique se sont vampiriser.

Il y a des créateurs qui ne sont pas autant dans ce cas là : les youtubeurs qui choisissent le modèle du financement participatif.

Car entre Tipeee, Patreon, KissKissBankBank, GoFundMe, Paypal, et j'en passe et des meilleures… les youtubeurs peuvent mettre en concurrence une large quantité de prestataires pour leurs financements participatifs, et donc choisir celui qui leur offrira le partage de la valeur le plus avantageux.

Il est probablement plus facile techniquement de faire un système de crowdfunding style Tipeee que de faire un site de streaming style Spotify — il y a moins de problème à résoudre, et les problèmes sont moins compliqués —, ce qui explique (au moins en partie) pourquoi il existe une bonne centaine de plateformes de crowdfunding, mais seulement une petite dizaine de plateformes de streaming.

C'est étonnant alors, de ne pas voir davantage de créateurs de musique s'orienter vers le financement participatif. Il y a pourtant une catégorie Musique sur KickStarter, et Grégoire avait connu un franc succès lorsqu'il avait réussi à lever 70 000 € via MyMajorCompagny.

Et puis, les musiciens ont l'habitude de faire passer le chapeau, normalement, alors pourquoi ne pas le faire en ligne aussi ?

Bon, c'est bien casse-couille tout ça ; vivement que ce soit fini.

Parce qu'aujourd'hui les deux seuls choix de professions censés sont vendeur de miel et humouriste.