peut-on dé-diviser le travail, malgré les différences individuelles ?

Il y a 4/3 mois, j'écrivais la division du travail doit disparaître, où je prônais la non-spécialisation individuelle.

Il y a moins d'une semaine, dans tout le monde cherche à économiser de l'énergie, je disais au contraire :

Un être humain seul n'est, hélas, pas aussi flexible et polyvalent qu'un vaisseau spatial de Stargate, pour lequel le commandant pourrait choisir de rediriger toute l'énergie vers les boucliers si une situation l'exige, ou couper les boucliers, et rediriger toute l'énergie vers l'hyperpropulsion si la situation est très différente. Un être humain, ça ne s'adapte pas très bien, en tous cas beaucoup moins bien qu'un groupe d'êtres humains.

Contradiction ?

Un peu.

C'est d'ailleurs un des raisons pour lesquelles je journalise ma pensée sur le web (je weblog) : pour mettre en évidence mes contradictions internes, aussi bien les contradictions logiques dans ma penséeou rumination pathologique, suivant comment on veut le voir 🫨🤪 — que mes désirs contradictoires.

Donc, oui, dans la vie, les individus ont des prédispositions.

Et, même si on sait que la diversité des individus s'accentue avec la complexité des sociétés, la diversité individuelle au sein d'un groupe n'est pas chose nouvelle.

Les gens qui regardaient M6 dans les années 1990s se rappellent probablement de la série The Sentinel. C'est une bonne illustration de l'intérêt pour un groupe d'avoir des individus spécialisés.

Dans le règne animal, on trouve d'autres exemples : une classe de soldats-pionniers bien pratique chez les rats taupiers, des reines chez les abeilles, etc…

Et, les moins débiles des psychiatres commencent à se poser des questions du style :

What hasn't natural selection eliminated mental disorders? (Dr Randolph M Nesse, pour College of Psychiatrists of Ireland)

Donc la psychiatrie commence doucement à intégrer des découvertes qui avaient déjà été vulgarisées par des gens que le non-port d'une blouse blanche n'avait pas empêché de saisir plus rapidement à la vérité, comme les gens qui ont créé le documentaire CrazyWise, et qui, dès 2016, avaient fait le lien entre personnalité schizophrène et prédisposition pour le rôle social de chaman (ou team builder pour la version moderne). Le genre de docus qu'on peut retrouver au milieu de tout un tas d'autres trucs bizarres sur Inexploré TV. Ces théories apparaissent maintenant sur des chaînes aux atours plus sérieux comme dans cette vidéo, publiée sur Evolving Psychiatry : Schizophrenia and Shamanism | Joe Polimeni.

Toujours au College of Psychiatrists of Ireland, Adam Hunt, dans Extending Adaptive Explanations of Personality to the Evolution of Psychopathology nous explique que certaines maladies dont la psychiatrie s'occupe sont en fait des adaptations, du groupe ou de l'individu, ou de l'individu au groupe.

Mais, à mon sens, même Adam Hunt ne va pas assez loin dans son analyse. Car on sait aussi que même des individus dont on pourrait penser qu'ils sont des arnaqueurs du groupe (les psychopathes, par exemple) se révèlent en réalité très utiles dans certaines situations extrêmes : on a observé que, de tous, ils étaient les plus rationnels face au dilemme du tramway.

La vie, ça ressemble un peu à un MOBA comme Dota, League of Legends, ou encore Pokemon Unite : on peut aller contre sa nature, — par exemple essayer de jouer le rôle de tank alors qu'on a une constitution squishy, fragile, d'attaquant — mais alors on fait perdre son groupe

Mao, quand il a fait sa révolution culturelle, a envoyé les intellectuels aux champs. On connait la suite…

Donc :

  1. chaque individu a ses prédispositions propres, et réciproquement ses inaptitudes propres
  2. les groupes qui survivent sont ceux qui mettent les gens dans leurs rôles

Le problème dans certains MOBA, c'est que certains rôles sont beaucoup plus prisés que d'autres. Typiquement, dans League of Legends, le rôle de midlaner est le plus prisé. Pourquoi ? Parce que c'est celui qui permet de carry la game (comme on dit en franglais). C'est le rôle dans lequel l'issue de la partie sera le plus directement fonction de nos efforts. C'est le rôle où on a le plus de pouvoir, et en même temps le plus de responsabilité.

Dans La société informationnelle, Idées pour l'autogestion, Henri Laborit proposait de garder la division des tâches, mais d'abolir les hiérarchie de valeurs.

Car, comme le chante Manau : Tout le monde a besoin de tout le monde.

On s'est moqué d'Agnès Pannier-Runacher lorsqu'en 2021, dans son discours chez Bpifrance elle disait — avec son accent pétasse à la Auteuil Neuilly Passy (le e prépausal en termes techniques) :

Vous allez pouvoir redonner (…) la fierté de travailler dans l'usine pour qu'on dise que lorsque tu vas sur une ligne de production-han, c'est pas une punition-han. C'est pour ton pays, c'est pour la magie. Et c'est ça que vous pouvez rendre possible.

Même si l'essentiel de son discours est bullshit — en même temps, n'est-ce pas la norme dans ce genre de contexte entrepreneurial au style très agence Win-Win ? — je trouve que cette partie là met en relief un point important : quand on fait un travail dur et ennuyant, il faut savoir pourquoi on le fait, avoir l'impression de contribuer à construire quelque chose de plus grand que soi.

C'est un peu comme la nation Mars dans The Expanse où chacun sait qu'il contribue à la terraformation de sa planète. C'est un peu comme les USA et l'URSS, quand ils voulaient conquérir la Lune. Ou encore comme la fable du casseur de pierres.

On n'a plus ça en France. Il n'y a bien que Solidarité et Progrès qui, depuis longtemps déjà, propose de relancer de grands projets collectifs. Quand même : les mecs proposaient d'aller sur Mars des années avant que ce soit cool 😎. Mais il faut croire que les gens préfèrent la liberté à la solidarité, et le déclin au progrès ; ça expliquerait le vote Macron.

La dernière fois que j'ai vécu un sentiment de grandeur commune, c'était pendant la Pixel War de 2023, où je défendais les couleurs de la France — il n'y avait pas de team Buffy contre les vampires alors…. Pourtant, c'est hyper ennuyant de poser un pixel une fois toutes les 5 min. Mais on le fait parce qu'on sait à quoi ça sert : on le voit, grâce à la vue de dessus (panoptique ou holoptique, je ne sais pas comment on doit la qualifier). D'ailleurs, si le Charles de Gaulle en haut à droite ressemble à quelque chose, c'est peut-être un peu parce que j'en ai fait le calque 😉