Révolution : pourquoi c'est en France, en Allemagne et en Angleterre que ça commence ?

C'est parti !

Il y a 150 ans, Marx et Engels prédisaient que la Révolution commencerait en France, en Allemagne, et en Angleterre.

En 2018-2019, il y a eu les Gilets Jaunes.

En 2024, il y a les agriculteurs allemands.

Prochainement, il y aura du mouvement au Royaume-Uni.

Deux questions viennent rapidement à l'esprit :

  1. Comment se fait-il que ce soit dans ces pays-là que ça bouge ? Alors même que ce sont des pays dits riches ? Qu'est-ce que ces pays peuvent bien avoir en commun ?
  2. Comment Marx et Engels ont-ils pû le prévoir un siècle et demi en avance ?

Ces deux questions on en fait une seule et même réponse : elle se situe dans l'équation de la baisse tendantielle du taux de profit.

Comment peut-on prédire l'avenir, en général ?

En connaissant les lois de la causalité.

Comme le dit le Mérovingien dans Matrix :

Chaque fois que je bois trop de vin, il faut que je pisse. Cause et effet.

Et toute personne qui a déjà bu de la bière — ou même, comme Jean-Claude, de l'eau — peut s'en convaincre : si on boit, on pisse.

Jusque là, ça va, ça reste assez simple et intelligible, comme causalités.

On peut aller plus loin.

Quand j'étais petit, j'ai un jour demandé à mon père, en tenant une assiette au-dessus du sol :

Est-ce que si je lâche, ça casse ?

Il m'a répondu : bah essaye.

J'ai lâché. Ça a cassé.

Quand on laisse tomber des assiettes sur le sol, elles cassent.

Jusque là, ça va, ça reste assez simple et intelligible, comme causalité.

Au début du XXème siècle, Einstein, armé d'une de ses deux théories de la relativité, a fait une prédiction complètement folle.

Alors que tout le monde disait :

Tel jour, Mercure, on la verra ici.

Einstein, lui, a dit :

Tel jour, Mercure, on la verra là.

Il a eu raison, contre tout le monde.

Sa théorie était validée par l'expérience : la trajectoire de la lumière est courbée par la gravité, ce qui explique que, alors qu'on s'attendait à voir Mercure ici, en fait, on l'a vue là.

C'est déjà un peu plus compliqué, comme causalité. Quoique moins sur le côté causal que sur le côté pas intuitif. Quand on a passé sa vie sur Terre, difficile d'imaginer que la lumière puisse être courbée par la gravité. Encore qu'avec les mirages on la sait courbée par la chaleur.

Pour revenir plus près de la Terre, personne n'est surpris de voir la Lune pleine 28 jours après la dernière pleine Lune. Ni même de voir toujours la même face de la Lune. Et personne n'imagine qu'un jour ça pourrait changer. Pourquoi ? Pas parce qu'on est comme les dindes de Noël de Taleb qui nous dirions un truc du genre : le cycle lunaire se repète sur 28 jours, donc il se repètera toujours sur 28 jours, jusqu'à la fin des temps. Non : c'est parce que la physique nous a offert des modèles du monde, des lois, des causalités, qui marchent bien plus largement

C'est pareil avec la Révolution (la sociale, pas l'astrale).

Comment peut-on prédire la Révolution ?

Ceux qui connaissent la loi la plus importante de l'Histoire du mode de production capitaliste savent, dans les grandes lignes, ce qui va se passer.

Si on veut connaître, dans les grandes lignes, l'avenir, il convient de travailler ces sujets : la théorie de la valeur-travail, et la baisse tendantielle du taux de profit (BTTP).

Connaître l'avenir n'est pas gratuit.

Oh, ce n'est peut-être pas si compliqué à comprendre.

C'est, en revanche, beaucoup plus difficile à accepter.

Difficile, en effet, d'accepter d'être coincé dans cette partie de Monopoly™ à la con, sans possibilité aucune d'en sortir avant qu'elle soit arrivée à son terme. Il faut passer par les 5 étapes du deuil avec, notamment, l'étape marchandage, qui peut prendre la forme de consomm'action, d'œuvres charitatives, d'écolieux en tous genres, etc, etc…

Mais, voilà pourquoi c'est une nécessité, une obligation logique, que la Révolution commence dans ces trois pays :

  1. c'est ici, en Angleterre, en France et en Allemagne (+ Pays-Bas), qu'a commencé la révolution industrielle
  2. c'est donc ici que le remplacement du travail par du capital a commencé le plus tôt
  3. c'est donc ici que la composition organique du capital est la plus forte
  4. c'est donc ici que le Capital ne peut plus augmenter la composition organique pour augmenter son profit
  5. c'est donc ici que le Capital doit augmenter le taux d'exploitation alors que c'est déjà ici qu'il est le plus élevé de toute la planète
  6. c'est donc ici que le Capital commencera à payer le travail en-dessous de son coût

Concrètement, ça veut dire que :

  1. ici, on ne peut plus augmenter davantage la productivité du travail par le biais de la mécanisation : on ne plus vraiment inventer de machines qui amélioreraient drastiquement la productivité du travail ; on en vient même à avoir besoin d'augmenter la productivité des professions intellectuelles avec des trucs genre ChatGPT
  2. ici, il faut diminuer le coût du travail, par exemple en diminuant côtisations sociales et impôts, par exemple en finançant l'État par des taxes sur la consommation (gasoil) plutôt que sur la production
  3. ici, la part qui revient au travailleur est à la limite (voire en-dessous) de ce qui lui sert à vivre : ici, les gens n'ont même plus les moyens d'aller bosser

Ce qui est très bien résumé, humoristiquement et en chanson, par Redouanne Harjane dans son morceau intitulé Des Humains :

Je vais en voiture pour prendre de l'essence
Pour aller au travail
Gagner de quoi me payer de l'essence
Pour aller au travail

En fait, si on voulait résumer la BTTP et la crise terminale du capitalisme de la façon la plus concise, je crois qu'il serait difficile de faire mieux que Redouanne Harjane avec ces 4 vers.

Côté agriculteurs, on pourrait les prendre pour des capitalistes. Eux-même se voient parfois plus comme des propriétaires que comme des prolétaires.

Pourtant, ils ne sont pas vraiment propriétaires de leur moyen de production.

À titre d'exemple, quand je faisais les vendanges à Vallet (44), le vigneron chez qui je travaillais me le confirmait bien, de façon très concise là aussi, en disant :

Je suis riche de dettes.


Passé la mi-janvier 2024, les agriculteurs britanniques ont aussi commencé à manifester.