c'est pas un vrai travail

Elle est marrante, cette phrase.

Souvent, on y répond :

C'est quoi un vrai travail ?

Et la discussion s'arrête là.

On ne nous dit jamais quel critère définit ce qui constitue un vrai travail.

Est-ce, comme en physique, le fait que ça corresponde à l'application d'une force ?

Est-ce le fait que ce soit quelque chose de douleureux, de désagréable ? Proche d'une torture avec l'engin tripalium, qui serait l'origine du mot travail ?

Est-ce le fait d'avoir une petite sous-cheffe au-dessus de toi, qui se la pète, imbue qu'elle est de son statut hiérarchique supérieur, qui réside dans le fait de connaître une combinaison de 3 touches qui, sur la scanette à inventaire, permet d'annuler le comptage du dernier article ?

Non, je crois que ce n'est rien de tout ça.

Un vrai travail, c'est quelque chose qui, dans la forme, ressemble à un vrai travail, c'est-à-dire à quelque chose qui, depuis quelques décennies déjà, a permis aux gens qui l'ont pratiqué de capter des christinelagardes (ou des francs, à l'époque). C'est comme la différence entre une secte et une religion : une secte devient religion si elle a plus de 200 ans d'ancieneté — whouah, je ne pensais pas que mes recherches pour les TPE du bac auraient un jour servi à quelque chose.

De l'activité des youtubeurs maintenant riches à millions, certains disaient que ce n'était pas un vrai travail. Même des gens qui œuvraient pourtant dans le même secteur d'activité. On se rappellera, notamment, les attaques de ce vieux déchet aigri de Thierry Ardisson envers le vrai mâle alpha resplendissant qu'est Squeezie.

Parler de vrai travail, c'est en fait faire le culte du cargo, comme les aborigènes de Mélanésie. C'est avoir gardé en tête les formes, les apparences, de ce qui constitue un vrai travail, plutôt que de s'être concentré sur le critère essentiel : combien de christinelagardes une personne parvient à capter grâce à sa production.

Car dans le monde de l'échange marchand, les deux seules questions importantes sont :

  1. Est-ce que t'es une bonne marchande ?
  2. Est-ce que t'es une bonne marchandise ?

Je m'imagine transporté dans 40 ans, et regarder des gens faire, pour le plaisir, des choses qui, aujourd'hui encore, sont considérées comme vrai travail, mais tellement obsolètes en 2064 qu'on pourrait dire ou entendre des choses du style :

comptable, c'est pas un vrai travail

ou :

vendeur, c'est pas un vrai travail

ou :

journaliste, c'est pas un vrai travail

ou :

ingénieur, c'est pas un vrai travail

Déjà en 2024, on voit des métiers devenir obsolètes les uns après les autres : secrétaire, par exemple — merci Micro$oft Office et Google Agenda. Dans le même temps, la pratique de Excel est devenue… un eSport il y a des championnats, avec des prix, des trophées, et tout…

Et, si on google métiers disparus dans DuckDuckGo, on prend conscience qu'un certain nombre d'anciens vrais travails ne nous rapporteraient plus rien aujourd'hui :

Ahhhhh… vivement que ce soit fini, toutes ces conneries.