tout le monde cherche à économiser de l'énergie

Scène emblématique tout à l'heure.

Elle me dit :

Tu pourrais monter le sèche linge s'il-te-plaît ?

(12 syllabes)

Je lui réponds oui, avant de commencer à essuyer la vaisselle, tout en pensant : je pourrais lui dire que je vais faire ça en remontant à l'étage, mais c'est superfétatoireoui, je suis tellement culturé que, dans ma tête, je pense avec des mots genre superfétatoire, comme Oli, t'as vu ?

Une ou deux minutes plus tard, je la vois se saisir du sèche-linge et monter l'escalier, en soupirant d'un air excédé.

Je lui dis un truc du genre :

Ah, tu voulais que je le fasse maintenant ?

Et elle me répond un truc du style :

bah oui, parce que je veux étendre mon linge

(12 syllabes)

Je me sens con, nul, un peu honteux, et un peu triste 😥

Je n'ai pas fait preuve d'empathie cognitive. J'ai été comme le Dr. John de Taleb, alors que j'aurais préféré être Fat Tony ; j'ai parfaitement répondu à la question, et en même temps j'ai eu tout faux, parce que j'ai oublié de m'intéresser au contexte.

En même temps, je me dis : quel effort immense ça m'aurait demandé d'imaginer pourquoi elle voulait que ce soit moi qui monte sont sèche-linge à l'étage (alors que visiblement elle en est capable), et d'essayer de comprendre pourquoi elle voulait que je le fasse maintenant, tandis que, si elle avait schunté un peu de politesse, et ajouté un complément circonstanciel de temps (maintenant), elle aurait dépensé à peu près la même énergie, voire moins :

Monte le sèche-linge maintenant steup'.

(11 syllabes)

En toute honnêteté intellectuelle, il faudrait, plutôt que de compter le nombre de syllabes, compter la quantité d'énergie dépensée en mouvements zygomatiques par la prononciation de chaque syllabe, et la transition d'une syllabe à l'autre, voire prendre en compte le fait d'aller contre une habitude — suivre l'habitude fait économiser de l'énergie — de politesse qui utilise des questions plutôt que des injonctions, et le conditionnel interrogatif plutôt que l'impératif.

C'est clair que, comme le dit Léo, le féminin est très inefficace (imprécis ?) dans sa communication.

C'est probablement la raison pour laquelle il n'existe pas beaucoup de pro-gammeuse — ceci dit, moi, j'ai eu la chance de, par hasard, rencontrer une ancienne pro-gammeuse Counter-Strike dans la campagne française ; une meuf intéressante.

En ce moment, je joue à Pokémon Unite (un MOBA) avec ma nièce de 8 ans et, pour qu'on gagne quelques parties, j'exige d'elle une certaine précision — chill, ça reste un jeu. Ça se passe bien ; elle attend de moi la même qualité d'information, et elle ne manque pas de me faire des remarques adéquates quand j'y déroge : Mais tu ne m'as pas dit que tu étais mort !!!. Et on gagne (duo toplane Flagadoss + Pikachu == opé).

Il conviendrait de généraliser davantage cette histoire d'économie d'énergie.

J'ai vu des gens peu réfléchir pour économiser de l'énergie cognitive, quitte à devoir utiliser davantage d'énergie musculaire par la suite. Ce qui était une très bonne illustration du proverbe :

Quand on n'a pas de tête, on a des jambes.

Qu'on pourrait très bien retourner, d'ailleurs :

Quand on n'a pas de jambes, on se sert de sa tête.

Car les gens que la Nature a choisi de façonner de telle sorte que l'essentiel de leur énergie aille au cerveau plutôt qu'aux muscles auront plutôt tendance à davantage planifier les choses, et anticiper tout ce qui pourrait tourner mal, simplement parce que ça leur est moins coûteux, énergétiquement parlant, d'essayer de tout calculer pour éviter un maximum d'imprévus, que de faire un effort musculaire supplémentaire en cas d'imprévu. Ça ne marche pas toujours très bien, car on ne peut jamais tout prévoir.

Un être humain seul n'est, hélas, pas aussi flexible et polyvalent qu'un vaisseau spatial de Stargate, pour lequel le commandant pourrait choisir de rediriger toute l'énergie vers les boucliers si une situation l'exige, ou couper les boucliers, et rediriger toute l'énergie vers l'hyperpropulsion si la situation est très différente. Un être humain, ça ne s'adapte pas très bien, en tous cas beaucoup moins bien qu'un groupe d'êtres humains.

Il y a des gens qui ont essayé de faire des typologies qui mettent en relation ces deux charactéristiques phénotypiques que sont morphologie et psychologie, comme biotype.net (que je galère à chaque fois à retrouver), ou bien Lise Bourbeau, avec son livre Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même, ou encore l'ennéagramme.

En fonction de notre degré de fascisme scientifique, on dira de ces théories une chose ou une autre. Reste que : un être humain, c'est physionomiquement spécialisé :

Et chacun des membres de ces catégories clivantes veut économiser de l'énergie !

Forcément, quand ils essayent de collaborer, et que ça les force à communiquer, il y une forte probabilité de voir certains propos mal entendus.

Ça crée des conflits.

C'est dommage.

Et, en même temps, c'est la vie, comme disent les anglo-américains, quand ils veulent essayer d'avoir l'air fins ou d'avoir l'air romantiques à peu de frais.


Les autistes se comprennent très bien entre eux, pour info. Donc le problème ne vient pas d'eux.

Peut-être que c'est une connerie, que c'est trop coûteux, d'essayer de communiquer avec des gens avec des schémas mentaux différents. Ou alors peut-être qu'il faut être relié par quelque chose : un patrimoine génétique (famille, tribu), une histoire commune (famille, amis), ou le fait d'être supporters de la même équipe de curling, je ne sais pas… Peut-être avoir un objectif commun, se reconnaître une destinée commune, regarder dans la même direction… fonder un couple, ou fonder une Nation.