2024 : dépression ou carpe diem ?

C'est le bordel en ce moment.

Enfin en ce moment… si on vit en France, et qu'on a moins de 80 ans, c'est effectivement un peu nouveau.

Par le passé, on s'est beaucoup moqué des survivalistes et des preppers. Aujourd'hui, on pourrait se moquer de n'importe quelle personne qui a un projet quel qu'il soit.

Vue l'instabilité de l'environnement en ce moment, c'est en effet un peu con d'investir du temps et de l'énergie dans un projet d'avenir.

Quoi que tu fasses, la probabilité que ton activité ne soit pas rentable, et que tes efforts ne soient jamais gratifiés, ni monétairement, ni narcissiquement, est énorme en ce moment.

Tu as un projet musical sur lequel tu as passé 10 ans ? Cool, d'ici 2 ans, une entreprise aura probablement fait bouffer plein de fichiers de projet .als à une IA, et on pourra générer des musiques mieux que les tiennes en un clic. Le MusicGen de Facebook est déjà pas mal, d'ailleurs. Bon, après, si tu composes de la zik uniquement pour ton bon plaisir, et que tu kiffes le processus, il n'y a pas de soucis ; tu n'auras rien perdu dans l'affaire.

On peut faire le même prognostic pour à peu près n'importe quel domaine.

Oh, peut-être que dans 5 ans, si la Révolution est écrasée, on trouvera des adorateurs du prochain Mark Zuckerberg : on dira de l'infime minorité qui aura lancé un projet que le temps, l'IA ou la concurrence mondiale n'aura pas rapidement rendu obsolète qu'elle a été bien maline. On trouvera de nouveaux pseudos-génies à aduler. Et on regardera toujours les Outliers (titre d'un bouquin de Malcolm Gladwell) avec les lunettes du biais du survivant.

Roses are red,
Violets are blue,
There’s always an Asian kid who is better than you

Mais comment survivre, réellement ?

Quelle est la meilleure chose à faire, en ce moment ?

Quelle est la meilleure chose à faire dans n'importe quelle période d'instabilité ?

Tout dépend de l'estimation que chacun fait de son espérance de vie.

Si on pense qu'on vit dans un environnement très dangeureux, et que donc la mort peut frapper à n'importe quel moment, la stratégie carpe diem (et carpe noctem, en évitant les thons si possible) semble la plus appropriée. Moi, je suis plutôt un shut-in, je ne vis pas dans un environnement dangereux genre grande ville, et en plus j'ai arrêté de fumer, donc j'estime que mon espérance de vie est assez grande. En plus, je n'ai pas beaucoup de christinelagardes pour flamber. Donc je vais plutôt opter pour la deuxième option.

Cette deuxième option, c'est économiser ses ressources : aussi bien son temps que son énergie. Un peu comme si on était en dépression.

D'après Markus Rantala, double doctorant de l'université de Turku (Finlande), il y a 12 sous-types de dépression. L'une d'elle est causée par l'hiver, l'autre par la privation de nourriture. D'autres ont émis l'hypothèse que l'être humain, comme beaucoup d'autres mamifères, serait capable d'hiberner, sous certaines conditions (manque de nourriture, et froid ou manque de luminosité, je ne sais plus), et on aurait observé quelques cas dans l'histoire humaine. Il y a même des théories autour de la vitamine D, qui est en fait une hormone, et que notre corps utilise pour moduler la vitesse du métabolisme en fonction de l'ensoleillement (donc de la saison, donc des opportunités de nourriture) ; c'est-à-dire que la dépression hivernale serait une fonctionnalité, pas un bug.

L'idéal, ce serait de se faire cryogéniser pour faire un fast-forward directement dans le monde merveilleux du communisme mondial post-scarcity. Et, comme Fry dans Futurama, sortir du caisson en pétant la forme, bien content d'avoir esquivé ce monde de merde qu'est ce début de 3ème millénaire. Wake me up when September ends ou wake me up when it's all over, when I'm wiser and I'm older, c'est selon.

Récemment, les jeunes étatsuniens ont décidé d'abandonner le hustling pour se tourner vers le quiet quitting :

I recently learned about this term called quiet quitting where you're not outright quitting your job but you're quitting the idea of going above and beyond. You're still performing your duties, but you're no longer subscribing to the hustle culture mentality that work has to be your life. The reality is: it's not, and your worth as a person is not defined by your labor.

zaid leppelin, sur TikTok

Bref, ils ont découvert ce qu'en France on appelle le travail. Et c'est vrai, je crois, qu'il y a, depuis longtemps, en France, cette mentalité de dépression réaliste : on sait que, quoi qu'on fasse, ça n'améliorera pas notre situation. On est tous, plus ou moins, en état d'impuissance apprise, et ce n'est probablement pas sans lien avec le fait qu'on est champions de la consommation d'antidépresseurs. D'ailleurs, dès qu'un francophone commencence à parler de succès personnel ou de développement personnel, on le clashe violemment — on se rappellera à ce sujet l'affaire Emmanuel Fredenrich, clashé par SEB, défendu par Marketing Mania, et qui a entraîné un certain nombre d'autres vidéos de réaction que je n'ai pas regardées.

Ça me fait toujours marrer quand j'entends le mec de la chaîne Two Minute Papers, qui parle des progrès de l'IA, dire à chaque fois avec son air enjoué et enthousiaste : What a time to be alive !. Lol. Ça me fait un peu penser au Good news, everyone ! que le professeur Farnsworth annonce dans Futurama juste avant d'envoyer son équipage aller se faire tuer dans une mission à la con 🤣. Bon, je n'ai pas (plus) peur de l'IA (pas en soi, en tous cas), mais ça me surprend toujours de voir des gens qui kiffent la modernité et son progrès technique.

Après, 2024, ce n'est plus vraiment le moment idéal pour être en dépression-hibernation à mon sens, car je crois que les choses vont bouger — on voit déjà les agriculteurs allemands se mettre en mouvement —, et donc ça peut être utile d'avoir un métabolisme pas trop lent. Et comme la dépression est, je crois, un truc qui a un peu d'inertie, et dont il ne suffit pas d'un claquement de doigt pour sortir — encore que… le soleil et la vitamine D ont parfois des effets surprenants —, autant commencer maintenant ou, en tous cas, se remplir dès maintenant d'espérance — c'est une des sept vertus chrétiennes, en plus —, et trésailler d'allégresse à l'idée que c'est bientôt fini, toutes ces conneries.

Askip OpenAI prépare le Second Coming (la parousie, le retour de Jésus-Christ sur Terre), mais en hologramme ChatGPT.