le bullshit de l'écart de revenus homme-femme

J'ai l'impression qu'on n'a pas fini d'entendre ce bullshit répété encore et encore.

C'est logique : c'est un bullshit qui passe à la télé. Et souvent.

Et, ça aussi, c'est logique : le Capital valorise ce qui le valorise. Et il ne valorise que ça, d'ailleurs.

Et c'est là qu'on voit toute la puissance d'un système de propagande : si tu répètes un mensonge suffisamment de fois, et que tu es propriétaire des canaux d'information dominants (télé, radio, presse), tu peux faire accepter un mensonge pour une vérité.

Cette histoire d'écart supposé de revenus est un bullshit à 2 niveaux :

  1. elle est sans arrêt falsifiée
  2. elle perpétue des revendications de merde

1. hypothèse falsifiée

Quoique cet écart était réel au début — c'était d'ailleurs un argument de poids pour embaucher des femmes (ou des enfants) plutôt que des hommes — on n'arrive pas à l'observer de nos jours, en tous cas pas dans ce sens là et, dans certains secteurs (l'informatique par exemple), on arrive à l'observer dans l'autre sens.

Il y a tout un tas d'études qui falsifient l'hypothèse d'écart de revenu homme-femmes (l'étude Uber, par exemple).

En société, dans la conversation mondaine, on ne va pas sortir chacun nos PDF d'études statistiques, donc il faut trouver un moyen le plus rapide d'expédier la chose, dans l'espoir d'entendre des choses moins en décalage avec la réalité observée, afin de préserver sa santé mentale — car ça rend fou, le bullshit.

On peut, par exemple, poser la question suivante :

Et toi, tu l'as déjà constaté, qu'en tant que femme, tu étais payée moins cher qu'un homme, à travail égal ?

Alors on peut s'entendre répondre :

Bah non, mais moi je fais un travail non qualifié payé au SMIC.

Ce qui est intéressant avec le SMIC, c'est qu'il n'y a pas un SMIC-homme et un SMIC-femme, et que, quand une entreprise peut se permettre de te payer au SMIC, tu peux à loisir dire à ton patron eh, mais j'ai un chromosome Y !!!, il y a peu de chances que ça te permette d'accéder à une augmentation de revenu au-dessus du SMIC.

Pour penser cet écart hypothétique, il faut donc s'intéresser aux métiers rémunérés davantage que le SMIC, qui sont généralement des métiers demandant un niveau de compétence plus long à acquérir.

La compétence, c'est bien plus que la qualification (cette dernière étant seulement ce que mesurent les diplômes). Donc dire à travail et qualification égale, c'est vraiment oublier des paramètres de rentabilité majeurs dans la comparaison.

L'étude Uber nous apprend — oh surprise — que la compétence est un facteur majeur du niveau de rémunération, et — oh surprise — que la compétence augmente avec le temps passé à travailler, donc quelqu'un qui travaille à temps partiel sera nécessairement moins compétent que quelqu'un qui travaille à temps plein. Et c'est là qu'est une des astuces dans les études bullshit (ex : 2017, 2020, 2021, 2022) : c'est qu'elles créent un artefact statistico-magique qui s'appelle l'équivalent-temps-plein (EQTP), et comparent les rémunération sur ce paramètre artificiel et fictif, fabriqué de toutes pièces, qui ne correspond à aucune réalité tangible, mais qui permet aux gens qui n'ont pour toute science que la règle de 3 de se sentir intelligents. Or travailler 35h/semaine ou 24h/semaine, après 19 ans, ça fait 10 000 h de différence totale. Oserait-on imaginer qu'à formation initiale (qualification) égale il puisse y avoir une différence de niveau de compétence ? Non, évidemment, ce serait sexiste et misogyne, a minima. Et probablement antisémite et nazi, alors gaffe !

Il n'y a bien que dans Desperate Housewives que tu peux trouver une Lynette Scavo compétente au point de pouvoir quitter un temps le marché du travail et espérer être toujours relevant en revenant. Et ça, c'était il y a presque 20 ans déjà, à une époque où le monde avançait bien moins vite. Dans la vraie vie, et a fortiori en 2024, je ne suis pas sûr que même l'intelligence fluide (si évidemment supérieure à celle de son mari) de Lynette pourrait compenser la plus grande intelligence cristallisée que Tom acquiert par l'expérience (puisqu'il travaille pendant que Lynette élève les gosses).

Compétence mise à part, il reste que les hommes sont, en moyenne, moins agréables (au sens du Big Five) que les femmes. J'aimerais tellement faire partie de cette norme, des mâles qui savent tirer la couverture à eux, que ce soit face à un patron ou face à un client.

J'ai de la compassion pour les 50% des personnes les plus agréables, qu'elles soient femmes (elles en représentent la majorité) ou hommes, et qui, sur le marché du travail, perdent face aux 50% les moins agréables. En revanche, je n'éprouve pas davantage de compassion envers les gens qui ont un vagin qu'envers ceux qui ont un pénis. Par exemple, je n'ai aucune compassion ni pour Apolline de Malherbe, ni pour Léa Salamé. Enfin… pas aucune, mais disons moins que celle que j'aurais pour un border colie (mâle ou femelle) — c'est cool, les border collie. Disons que si, au dilemme du tramway, tu me demandes de choisir entre P!nk et Léa ou Apolline, la question elle est vite répondue, comme dirait l'autre. Car du temps a passé depuis Miss Maggie, et on sait maintenant (grâce à la Science) que les femmes sont aussi intelligentes que les hommes… donc aussi con it works both ways. Btw, si ma réponse au problème du chariot vous choque, c'est probablement parce que vous êtes un sale spéciste qui mange du miel, du fromage et de la chair animale, voire porte du cuir ou de la laine ; moi non, et je vote pour le Parti Animaliste à chaque élection.

Si on traitait tous les sujets comme on traite l'écart de salaire homme-femme, on pourrait dire tout un tas de choses qui ont l'apparence de la vérité, mais qui en réalité sont profondément mensongères, et se retrouver avec un truc à la spurious correlations (mais sur des répartitions plutôt que sur des évolutions).

On pourrait dire, par exemple, que les gens nés en fin d'année sont discriminés négativement dans le métier de sportif par rapport à ceux nés en début d'année (lire SuperFreakonomics). Quelle injustice, n'est-ce pas ? Allons de ce pas faire une manif pour militer en faveur d'une égalité d'accès aux JOs pour les gens nés fin août !

On pourrait dire, en constatant que renois et rebeus sont surreprésentés dans l'équipe de France de foot, que certainement Didier Deschamp fait de la discrimination anti-blancs, et se demander si elle n'aurait pas pour origine une rancœur personnelle envers son collègue Laurent (Blanc). Devant l'ampleur si conséquente du phénomène, impossible en effet d'imaginer qu'il puisse exister une autre explication ! Et ce phénomène ne date pas d'aujourd'hui ! Car dès 1947, A. Juret déplorait qu'il n'y ait pas plus de français de souche en équipe de France. Alors allons vite faire une manif pour y remettre le bon taux de blancs, de blacks et de beurs !

On devrait donner un nom à cette discipline. Genre statistique féministe. Ou statistique raciste. Ou statistique pandémiste. Peu importe : ce sont à quelque détails près les mêmes.

Il faut avoir fait ne serait-ce qu'un minimum de statistiques, et avoir découvert ou étudié des choses comme le paradoxe de Simpson, pour commencer à arrêter de croire et répéter, sans rien y comprendre, le bullshit entendu à la télé, ou lu dans les PDF de la vérité officielle de l'État du Capital.

On peut, par exemple, aller écouter l'excellente Julia Galef nous enseigner un peu de stats, par exemple via cette vidéo :

A visual guide to Bayesian thinking

La généralité statistique est falsifiée. On pourrait aller plus loin : peut-on trouver un exemple, rien qu'un, de quelqu'un avec un utérus qui est moins bien payé que quelqu'un avec un phallus, toutes choses égales par ailleurs ? Moi j'attends des témoignages sur le hashtag #balanceTonÉcartDeSalaire, en attendant quelques décennies qu'arrivent les études longitudinales qui analyseront si le niveau de salaire a changé chez les gens qui ont changé de sexe.

excuses et compétition victimaire

Alors c'est toujours valorisant, quand on ne réussit pas un truc, de se dire que c'est parce qu'on appartient à une catégorie qui a davantage tendance à échouer qu'une autre catégorie perçue comme dominante ou privilégiée.

C'est une valorisation de rattrapage, en quelque sorte.

C'est un peu comme quand tu ne révises que la veille d'un exam : si tu as une note correcte t'es un génie, si tu as une mauvaise note tu as l'excuse bien pratique du ouais mais en même temps je n'avais pas bossé.

Se croire trop femme pour être bien payée, c'est un peu dans le même schéma de pensée que :

C'est une consolation, c'est sûr.

Et, face à la violence du jeu de société, des consolations, il en faut.

Mais, concrètement, ça ne va pas changer grande chose à ta vie. Et ça ne va probablement pas l'améliorer en tous cas, puisque c'est une croyance limitante, et une croyance limitante erronée, de surcroît.

Car si tu es mal payé, et que tu es une femme, la seule opération de changement de sexe ne fera pas bondir tes revenus de 20% comme par magie (ni même de 4%, d'ailleurs). Inversement, un homme qui se tranformerait en femme ne verrait pas sa paie baisser de 23% par l'opération du Saint-Esprit.

2. revendication de merde

Être une marchandise-femme aussi bien valorisée que la marchandise-homme, est-ce vraiment ça que souhaitent les femmes ?

Ce n'est pas très ambitieux, comme revendication.

Belle libération, belle émancipation, en effet, de les voir obligées pour atteindre l'égalité de revenus de renoncer à faire des enfants et essayer, tant bien que mal, de se faire aussi désagréables que les plus désagréables des êtres-marchandises avec lesquels on les a forcées à entrer en compétition.

D'ailleurs, on pourrait se poser la question de l'ambiance produite par un jeu dans lequel tous les joueurs ont intérêt à être désagréables avec tous les autres. Il faudrait créer une unité de mesure des ambiances. Puisque le système métrique est, comme beaucoup de bonnes choses, une invention française, je propose… le DavidGuetto.

51,5% des français sont des femmes, et askip on est en démocratie donc, si elles se mettaient d'accord, elles pourraient faire passer un revenu inconditionnel pour femmes, genre égal au revenu médian moyen des hommes.

J' dis ça, j' dis rien…

Ce serait marrant d'en voir certaines essayer de mettre en avant une telle proposition, et voir se lever contre elles toutes les forces du Capital, qui n'apprécieront certainement pas que des individus et des secteurs de production cherchent à échapper aux possibilités de valorisation du Capital. Peut-être alors verraient-elles différemment la publicité que le Capital fait pour leur cause, du moins tant que leur cause reste dans un périmètre très rentable pour lui.

Elles pourraient même aller plus loin, et demander à ce qu'on abolisse complètement l'échange marchand. Mais faut pas trop rêver.

De toutes façons, le jour où les femmes auront des couilles…

Vivement que ce soit fini, toutes ces conneries.


J'aime quand les évènements me donnent raison peu après l'écriture d'un article. Là il n'aura fallu attendre que 9 jours : dans son discours de 16 janvier 2024, Macron a annoncé le congé de naissance :

Le congé de naissance (…) sera plus court que le congé parental actuel, qui peut parfois aller jusqu'à 3 ans, et qui éloigne beaucoup de femmes du marché du travail.

Voilà. Merci Manu pour ce pas très concret, pragmatique et censé en faveur de l'égalité des hommes et des femmes en tant que marchadises.