la compétence permet de servir, pas de commander

La compétence permet de servir, pas de commander.

Et on semble parfois avoir tendance à l'oublier.

Un médecin peut me faire toutes les prescriptions qu'il veut. Si je n'ai pas envie de lui obéir, je ne lui obéirai pas.

Certaines personnes, qui de par leurs diplômes se croient dotées d'une grande légitimité, enragent de ne pas avoir l'autorité dont elles croient que celle-ci serait naturellement livrée avec.

Elles voient d'autres personnes, qu'elles jugent moins compétentes (parfois parce qu'elles sont moins reconnues par l'académie), avoir plus d'influence, par exemple parce qu'elles sont plus charismatiques (voire plus aptes à voir et dire le réel, même si moins diplômées).

Elles voudraient, comme le peintre, pouvoir dire : Sutor, ne supra crepidam, soit en français : Cordonnier, ne parle pas d'autre chose que de chaussure !.

Ce qu'elles semblent oublier ce faisant, c'est que le peintre a le pouvoir de faire taire et de congédier le cordonnier. Et il est propriétaire de son tableau, après tout, donc il fait bien ce qu'il veut.

Il en va tout autrement pour la vie en société :

On ne peut, au mieux, imposer ses décisisions qu'à soi-même, ou aux gens qu'on possède. In fine, c'est toujours la personne qui a effectivement le pouvoir de décider qui décide. On peut essayer d'éclairer un souverain autant qu'on veut, le souverain restera souverain. Arminius avait beau être compétent dans l'art de la guerre, quand il a voulu se prévaloir de cette compétence pour s'accaparer le pouvoir, nos ancêtres les germains l'ont… liquidé (et ils ont bien fait).

On pourrait alors se demander la chose suivante :

À quoi bon se faire chier à acquérir une compétence quelconque ?

Eh bien, ça permet (probablement) d'être plus efficace dans son rapport à la réalité. Encore que ça peut être parfaitement insignifiant, si les connaissances que tu détiens n'ont pas susceptibles d'avoir un impact positif concret sur ta vie.

Surtout, si on parvient à convaincre les autres de sa compétence, on peut obtenir des contreparties monétaires ou une position hiérarchique plus élevée en échange de la mise en œuvre de sa compétence. Et pour le coup, posséder des unités monétaires ou une position hiérarchique permet effectivement de commander aux autres.

Pas étonnant alors de constater que les scientifiques sont si facilement corruptibles (scientists are cheap comme disait l'autre). Car quand on se rend compte que son doctorat bac+8 et son poste au CNRS ne nous apportent pas la prestance et la reconnaissance sociale qu'on espérait, comment ne pas céder à la tentation de se rabattre sur une gratification monétaire ? C'est marrant d'entendre traités de Narcisse les scientifiques les plus reconnus, comme si les moins reconnus étaient moins mus par un désir d'élévation dans les hiérarchies de valeur. Peut-être est-ce vrai pour certains, faiblement testostéronés, donc faiblement motivés à fournir des efforts pour gagner au jeu de la reconnaissance sociale. Mais en bas on trouve aussi un certain nombre de loosers qui ont vraiment essayé de participer à la compétition.

Pas étonnant non plus de voir que ce sont des gens sans emploi ni pouvoir ni charisme qui cherchent vainement et désespérément à commander directement par la compétence, et ressentent le besoin de tenter de décrédibiliser d'autres, par exemple en les taxant les plus influents qu'eux d'ultracrépidarianisme, sans finalement se replacer pleinement dans le contexte d'où cette notion est issue, donc sans intégrer ce qu'elle présuppose.

Ils feraient mieux de retourner jouer à SimCity ; ça les calmerait.