la plus grande fierté de toute ma vie ou comment résoudre un problème insoluble

Ma plus grande fierté dans ma vie, c'est d'avoir gagné au jeu de la marguerite.

C'est con.

En 33 ans, j'ai fait des choses objectivement plus intéressantes.

Mais, subjectivement, ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir gagné à ce jeu de mecs bourrés, auquel personne n'est jamais censé gagner.

Le jeu de la marguerite est simple : on prend une pièce d'1 centime, on la grave d'un signe distinctif à l'aide de n'importe quel objet tranchant qu'on a sous la main (genre une clef), et on balance la marguerite dans un endroit inacessible, ou un endroit où il sera théoriquement impossible de récupérer la pièce. Par exemple, on balance la pièce dans de la végétation dense, ou par dessus une muraille, ou dans de la végétation dense qui se situe par dessus une muraille.

Dans mon cas, le mec l'a balancé dans un caniveau.

Le con.

Dans ma tête de mec bourré en déficit de gratification narcissique égotique, ça a été vite : je me suis dit :

Lui, il sait pas qui je suis, moi. Moi, mes parents étaient artisans dans le nettoyage ; ils ont gagné leur croûte les mains dans la merde. Pour m'acheter aux Noëls de mes 8-10 ans des boites de magie (qui m'apprenaient à récupérer une pièce sous un verre posé sur deux autres pièces posées sur une nappe), et des kits d'initiation à la science, et notamment à l'électromagnétisme.

Je suis rentré dans le bar punk rennais où on commandait nos bières. J'ai demandé au barman s'il avait un aimant. Il avait un aimant. Il m'a donné un fat aimant.

J'ai passé ma super main super aimantée dans le caniveau.

J'ai récupéré la marguerite.

J'ai gagné au jeu de la marguerite.

J'ai ensuite passé pas mal de temps aux chiottes, pour laver et rincer abondamment mes mains (qui puaient la mort), ainsi que l'aimant, avant de le rendre au barman (même s'il sentait encore le rat crevé). En fait, je crois qu'il ma dit de le garder. Je crois que j'ai toujours cet aimant dans ma boite à archives souvenirs. C'est mon plus beau trophée ; je crois que je devrais l'encadrer.

La leçon que j'en retire, c'est que c'est bonne façon de résoudre un problème supposé insoluble :

  1. annoncez publiquement que le problème est insoluble
  2. attendez que quelqu'un de suffisamment arrogant se manifeste pour annoncer qu'il peut résoudre le problème
  3. regardez ce petit prétentieux résoudre le problème

J'ai vu ce conseil enseigné quelque part dans le milieu du logiciel libre.

C'est, je crois, un bon conseil.