l'impasse des communautés locales autogérées

ou comment ne pas repartir sur 9 000 ans de malheur

À 1:05:35 de la vidéo Un groupe d'amis rencontre Francis Cousin est discuté le risque que posent les communautés locales autogérées.

Voici ce que dit Francis Cousin :

Si après la Révolution, on partait dans des communautés locales, on jouerait la pièce en bis.

Si on partait sur un cheminement proudhonien de communautés autogérées, le problème de l'altérité différentielle serait posé, le problème de l'échange, le problème de la valeur, le problème de l'étalon des échanges, et on reviendrait à tout ce qui a produit l'abomination contemporaine.

L'abomination contemporaine, elle vient au Néolithique du fait qu'il n'y a pas d'universalité, et que chaque groupe, avec ses stocks, va être en situation de devoir et de pouvoir échanger. Et c'est ça qui a créé entre guillemets la folie du monde. C'est-à-dire que : à quel moment les Hommes on cessé de jouir dans leur plénitude ? C'est quand, justement, le développement de la révolution néolithique a, par le développement des stocks agraires, produit des valeurs, des échanges, qui ont échappé à l'Homme. Donc toute une série de valeurs métaphoriques, narcissiques, qui ont fait que l'Homme a voulu se poser concurrentiellement à l'autre dans une dynamique de Spectacle.

C'est vrai qu'en ce 7 décembre 2023, on s'imagine mal être dans une totale agapé par rapport à tout être humain vivant sur Terre.

On sait donner sans rien attendre en retour dans son cercle familial, et dans son cercle amical proche, mais au-delà de ça ?

Rapidement on passe en mode échange : je te donne ça si tu me donne ça. J'accepte de travailler pour toi uniquement si tu me fais sur-le-champ une reconnaissance de dette, par exemple via un transfert monétaire (car la monnaie est une créance sur le travail d'autrui).

Mis à part (peut-être) dans le cercle de nos proches, on est donc toujours en mode chantage. Robin Dunbar développe ça bien dans la section Communal vs Instrumental Relationships de la vidéo Friendship and Social Relationships.

Échanger, c'est se prendre soi-même en otage, et demander une rançon contre son temps, son énergie, et l'emploi de sa créativité ou autres aptitudes particulières.

On en vient même parfois à s'interdire à soi-même de faire apparaître dans le monde quelque chose qu'on aimerait voir exister, sous prétexte que ça pourrait servir à d'autres, qui n'auraient rien fait pour nous en retour. On craint, on méprise et on déteste le passager clandestin.

Je crois que l'Homme ne peut pas être heureux s'il essaye de (ou si on l'oblige à) se faire homo œconomicus.

Il n'y a qu'en de rares endroits qu'on trouve une dynamique d'agapé : le logiciel offert (et généralement libre).

Je n'en vois pas vraiment d'autre (mais peut-être que j'ai de la merde dans les yeux).

Car dans les autres domaines créatifs (musique, vidéo), même si l'œuvre peut parfois être offerte (musique libre par exemple) sans espoir de contrepartie, on peut toujours suspecter une tentative de valorisation narcissique, donc ce genre de création renvoie plutôt à la marchandisation de soi qu'à l'amour de l'autre.

À la limite, chez les youtubeurs qui enseignent des langues, l'ambiance est un peu différente. Mais la langue est déjà une œuvre communiste, de base, alors c'est assez cohérent.

Le youtube-game français aussi est particulier : on sait qu'il y a là beaucoup plus de partage et de solidarité que, par exemple, chez les Belges (ce sont les Belges qui le disent). Mais la France est particulièrement communiste, alors c'est assez logique. Je crois que les deux derniers r/place ont apporté des élements de preuves à ça.

D'ailleurs, la première PixelWar nous ramenait 1600 ans en arrière, aux origines de ce qu'étaient nos ancêtres spirituels — ou culturels, si vous préférez —, les Francs :

  1. parce qu'il faut faire la guerre contre les autres, on élit un chef — en l'occurrence, notre grand général s'appellait Karim, pas Corinne, n'en déplaise au petit Z, qui a, paradoxalement, quand même salué la défense des couleurs de la France, hashtag #DissonanceCognitive
  2. on fait la guerre et, une fois la guerre gagnée :
  3. le chef arrête d'être chef, et retombe au même niveau que les autres.

Comme dans La Société Informationnelle de Laborit, on est dans une hiérarchie de niveau d'abstraction, mais la fonction de chef (d'orchestre) ne procure aucune supériorité dans une quelconque hiérarchie de valeurs. Ce n'est qu'une fonction de coordination, assumée à tour de rôle. Ce n'était plus Kamet0, le chef de la PixelWar suivante.

Je crois qu'il faut revoir L'An 01 : il n'y a pas à ma connaissance d'autre œuvre qui permette de se faire une idée de ce seront nos relations sociales après la Révolution, et, surtout, de se faire une idée de comment individuellement on sera transformé, et on laissera de côté tout un tas de personnalités-stratégies qui n'étaient utiles que dans le cadre d'un contexte donné, contexte qui aura disparu, emportant avec lui nos narcissismes et toutes ces autres conneries.

L'An 01 a d'abord été publié en BD à partir de 1970, donc c'est un peu le testament, le legs, l'héritage des grévistes de 1967-68 (des générations G.I. et Silencieuse) qui ont été écrasés par la restructuration capitaliste (ultime), que le joker mondialisation laissait possible (pour ne pas dire nécessaire ou inévitable).