surproduction facile : tuto pour Jancovici

Il faudrait NickyCase-ifier tout ça, mais je ne suis pas assez bon en Javascript.

L'idéal serait d'en faire un jeu vidéo réaliste et multijoueurs, mais je n'ai pas le temps.

Alors je vais essayer ici de résumer une crise de surproduction en quelques phrases et de façon didactique (ou pédagogique si vous êtes un enfant).

  1. Le profit capitaliste est une ponction sur la production. Mais, contrairement aux banalités du Moyen-Âge, cette ponction se fait en monnaie, et pas en nature (en pain). C'est vachement plus pratique avec la monnaie, parce qu'en général la monnaie s'échange et se conserve mieux que le pain, et donc la monnaie est vachement plus pratique pour ponctionner une partie d'un produit, et utiliser cette ponction pour faire produire autre chose, même si cette autre chose est produite très loin.
  2. Les capitalistes (les riches, comment disent certains), avec ce profit ponctionné sur la production, préfèrent acheter des moyens de production (genre des machines) que des marchandises (genre des voitures).
  3. Les capitalistes se battent (férocement) entre eux pour remporter le marché mondial : ça implique que, par exemple, tous les constructeurs automobiles essayent de produire toutes les voitures, et dimensionnent leurs usines en fonction.
  4. Entre Toyota, Volkswagen, Hyundai/Kia, General Motors, Renault/Nissan et PSA/Fiat, on se retrouve à terme avec typiquement 6 fois trop d'usines, capables au total de produire 6 fois plus de voitures qu'il n'y a de voitures nécessaires dans le monde.
  5. Le capital a donc 4 problèmes :

Tuto destruction de moyens de production

Pour détruire des moyens de production, on a des possibilités différentes suivant le contexte :

  1. On peut aller bombarder physiquement le concurrent trop productif (Allemagne, Japon), par exemple en prétextant qu'on est soudainement très préoccupé de lutter contre le nazisme. Ou bombarder les débouchés du concurrent trop productif (les marchés de PSA au Moyen-Orient) en prétextant vouloir lutter contre [insérez ici une raison morale bullshit de votre choix].
  2. On peut programmer l'obsolescence des marchandises produites par le concurrent, par exemple en prétextant qu'on est soudainement très préoccupé par l'environnement, en disant la voiture électrique c'est mieux, et en ayant ses pions dans les provinces conquises pour faire le travail législatif en ce sens (#HidalgoDémission). On substitue la voiture électrique à la voiture thermique dans les villes, comme on a substitué la voiture au tram après 1950. On peut donc un temps repartir sur un nouveau cycle de valorisation, mais pas longtemps. Probablement qu'après la voiture électrique il faudra repartir sur le tram, puis à nouveau sur la voiture thermique, puis à nouveau sur la voiture électrique, [répétez ces 3 cycles ad libitum si vous pouvez]
  3. Comme en politique, on peut torpiller le concurrent avec une bien-nommée affaire au moment où c'est devenu nécessaire, par exemple en mettant à jour un scandale de non-respect de normes environnementales anti-pollution (Volkswagen torpillée en 2015, parce qu'elle était première mondiale des ventes).
  4. On peut faire fermer les usines des concurrents. Par exemple on peut dire bouhouh, Renault, vous produisez en Russie, vous n'avez pas honte ???. Et voir le concurrent plier bagages, abandonnant ses marchés aux autres requins, et diminuant la taille de son capital, devenant ainsi plus faible face aux capitaux américains restés de même taille.
  5. On peut aussi empêcher les concurrents d'être compétitifs, en détruisant leur chaîne d'approvisionnement. En détruisant les nucléaires allemand puis français, et en coupant l'Europe de sa source de gaz bon marché (parce que directement russe), on peut en même temps détruire les aciéries ArcelorMittal.

Jean-Marc Jancov-pas-ici

Jean-Marc Jancovici peut, pendant 12 années supplémentaires encore, continuer à prêcher la bonne parole de la voiture pot de yaourt qui consomme du 2L au 100km. S'il ne comprend pas les nécessités de restructuration du capital, il va continuer à gaspiller sa salive — ce qui est dommage, car on manque d'eau, et s'il postillonne il risque de nous refiler la dernière maladie à la mode (intolérance au gluten ou Covid, je sais pas).

Jancovici peut aussi continuer de faire l'éloge du nucléaire, tant qu'il ne comprend pas la nécessité pour le capital états-unien de tuer son seul concurrent stratégique, le nucléaire européen, il s'épuise pour rien.

Bon, peut-être qu'il comprend très bien tout ça, mais qu'il ne veut juste pas s'aventurer sur ce terrain là. Son travail reste utile, pour comprendre que tout ce qu'on nous raconte sur ces sujets est factuellement bullshit.

Si Janco ajoutait une analyse communiste à ses propos, ces derniers n'emporteraient peut-être pas cette adhésion de tous bords.

M'enfin l'adhésion populaire, osef au fond, car le capital doit se valoriser, de toutes façons. C'est bien pour ça qu'on n'a pas conservé le télétravail : parce qu'il faut bien vendre et revendre des bagnoles, des trottinettes — puis les interdire —, des fusées, et autres hoverboard


Je suis quand même dubitatif sur le niveau de conscience de Janco. Il est quand même à l'origine du Shift Project, dont l'idée est de proposer au pouvoir politique des solutions de transition vers du décarbonné, solutions qui dévaloriseraient le capital. Donc il y a une certaine naïveté — voire une naïveté certaine — dans le principe même de cette association.

Après, on ne va pas demander à des ingénieurs de saisir la totalité du monde. Cognitivement parlant, ils en seraient probablement parmi les plus capables, mais jamais dans leurs écoles d'ingé on ne va leur parler de la baisse tendancielle du taux de profit. Et ils sont tellement le nez dans le guidon qu'ils ne vont pas s'intéresser à autre chose qu'à ingénieurer ce qu'ils doivent ingénieurer, et passer leur temps libre dans un Basic Fit ou un Block Out pour espérer s'encoupler un jour.

Et même pour ceux d'entre eux qui voudraient changer de monde, ils restent sur des analyses très surfacières, et des solutions tout autant à l'écume des choses. Il n'y a qu'à aller lire ce que racontent les Ingénieur·es Engagé·es (ou visiter leur page Facebook ou le groupe attenant) pour s'en faire un idée.