1984

Je suis content d'avoir fait classe euro (classe britannique, en l'occurrence) en 4ème/3ème, et d'être tombé sur Orwell dans la liste des auteurs britanniques qu'on devait lire en option.

Je suis content, parce que ce livre a fait une forte impression sur moi à l'époque, et m'a pas mal marqué.

Les gens qui ne l'ont pas lu disent c'est 1984 ou on est en plein dans 1984 dès qu'on leur parle d'ajouter une caméra dans l'espace public, ou quand l'État acte dans la loi qu'il s'autorise à aller voir les choses dénuées de subversion que les gens racontent dans leurs conversations Messenger ou Whatsapp — What's hap'? Rien, jamais rien.

Il y a pourtant des choses bien plus intéressantes à retenir de 1984.

La novlangue d'une part. Ça aussi c'est un élément assez cité du bouquin, mais auquel on ne rend pas justice, je trouve. On n'évoque la novlangue que lorsque le marketing ou le management importe un nouvel anglicisme. Mais ce n'est pas ça, la novlangue ; ça ne se limite pas à ça, loin de là. C'est surtout effacer les mots compliqués, ou la complexité du language, pour empêcher les gens de penser. Limite, l'écrite inclusive, qui cherche à effacer tout ce qui est équivoque — de sorte que les gens perdent l'habitude et la capacité de se demander ce que cache un mot —, est une meilleure illustration de cette novlangue. Les anglicismes du marketing et du management ont le mérite d'avoir une justification historique : ces concepts naissent effectivement dans le monde du capitalisme anglosaxon. L'écriture inclusive, c'est bien pire : elle produit l'effacement de l'histoire de la langue française et ses racines latines, elle essaye de rationnaliser le langage et, ô mon Dieu, part d'une bonne intention. Et elle se pare de pléthore d'études pseudo-scientifiques (avec ses relais médiatiques pédagogiques redresseurs de pensée) pour tenter de se justifier. Bienvenue en URSS.

L'effacement de l'Histoire est aussi une grosse partie de 1984.

Surtout, le truc le plus important dans 1984, c'est le faux omniprésent.

J'ai lu 1984 il y a déjà 18 ans, donc je ne me souviens plus exactement des détails, mais je me rappelle de façon assez diffuse ce que Winston ressentait.

L'impression que quelque chose clochait.

L'impression que ce qu'on lui donnait à voir n'était pas la vérité.

L'incapacité d'en parler à qui que ce soit sans risquer de subir de graves conséquences.

Je suis content d'avoir lu 1984 jeune, car du coup je ne suis pas très surpris par la réalité d'aujourd'hui : comme Orwell quand il est revenu de la Catalogne, on est dans 1984.

Tout est faux, on ne connaît pas notre Histoire, et les mots sont vidés de leur sens. On ne peut donc parler avec personne ; ça semble impossible.

Ajoutez à ça que chaque gang étatique nous répète à loisir que c'est largement plus horrible chez le voisin, parce qu'il ne sait plus quel argument inventer pour justifier sa tyrannie :

Essayez la dictature et vous verrez !

― Macron, 2020-janv-23

1984, c'est aussi et surtout une histoire d'amour. L'amour subversif, l'amour qu'on ne peut pas effacer, malgré toutes les tentatives de l'État du Capital de faire de nous des esclaves machiniques bons qu'à produire continuellement des amas toujours plus grands de machines, machines pourtant inéluctablement et irrémédiablement destinées à s'arrêter.


La seule raison valable qu'il y aurait à résumer 1984 à la surveillance télématique, ce serait pour vendre des abonnements NordVPN en affiliation, lol.

Moi, je vous propose plutôt d'acheter (et de lire !) 1984. Allez, maintenant qu'Amazon est obligé légalement de facturer de vrais frais de port pour les bouquins, je peux même vous proposer d'acheter 1984 ailleurs, genre chez Quilombo.

Comme Logan dans Veronica Mars, 1984 est le seul bouquin dont je me souvienne xD

C'est peut-être le seul bouquin qui vaille le coup d'être lu, allez savoir, je n'ai lu qu'une infime portion de tous les autres.