« des droits et des devoirs »

Ah la la… encore un bon formattage mis de force très tôt dans nos têtes par la très chère école de la République, en cours d'éducation civique (en 5ème ?).

Des droits et des devoirs…

Des droits, et des devoirs…

Des droits… et des devoirs !

Mais oui !

Bien sûr !

Si j'ai des droits, alors forcément j'ai des devoirs.

C'est logique !

…ou pas.

Déjà, il serait plus juste de dire : pour que certains aient des droits, il faut forcément que d'autres aient des devoirs.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin.

Un droit, c'est une notion légale.

Un devoir, c'est une notion morale.

On met les deux face-à-face comme si ces deux notions étaient dans la même catégorie.

L'école, les institutions — dédicace au RSA ! — et les media nous mettent de force — c'est un viol mental — ces deux concepts dans la même catégorie sémantique.

le pendant d'un droit

Mais le pendant d'un droit, ce n'est pas un devoir : c'est une obligation.

Ça change tout.

Si mes pairs ont des droits, c'est que j'ai des obligations légales, des contraintes légales. Et si j'ai un droit, c'est que mes pairs ont des obligations.

Si j'ai le RSA, c'est bien parce que les actifs occupés ont l'obligation légale de verser des côtisations sociales. Qu'ils ressentent un devoir moral envers moi ou non.

Si des vieux ont le droit à une retraite ou au minimum vieillesse, c'est bien parce que les actifs occupés ont l'obligation légale de verser des côtisations sociales. Qu'ils ressentent un devoir moral envers ces vieux (qui ne sont pas forcément les leurs) ou non.

Si des gens qui font des gamins ont droit à des allocations familiales, c'est bien parce que les actifs occupés ont l'obligation légale de verser des côtisations sociales. Et je ne suis pas sûr que tous les actifs se sentent un devoir moral de financer l'élevage des gamins des autres, voire des gamins tout court, surtout pas ceux parmi les travailleurs qui ont pour projet de vie de mourir d'un cancer du poumon dû au tabac avant d'atteindre l'âge de la retraite.

le pendant d'un devoir

Le pendant d'un devoir ?

C'est pas facile.

C'est quelque chose comme une prétention, une réclamation, un “claim” diraient les anglophones, une revendication légitime (et qui ne l'honore pas sera soumis à la vindicte), une créance morale, peut-être une liberté, ou, tout simplement… un dû.

Un devoir, c'est une dette en puissance ; l'autre a donc une créance. Si on doit quelque chose à quelqu'un, c'est bien que l'autre a une créance sur nous.

On va prendre un exemple (un peu bidon, mais tant pis, au moins il parlera à tout le monde) : si quelqu'un m'a aidé à faire un déménagement, j'ai un devoir de lui rendre la pareille ; ce n'est pas une obligation légale, mais sa prétention morale à ce que je l'aide en retour serait légitime.

Un devoir est donc une obligation morale ; et son pendant est un droit moral (et non un droit légal).

Conclusion

Tout ça est compliqué à penser en français.

Askip les romains avaient essayé de faire du droit une science du juste. C'est peut-être pour ça qu'en français tout est mélangé, tout est confondu, jusque dans notre language, dans nos catégories mentales, où il est difficile de bien faire le distingo.

Les anglo-saxons, eux, ont la “common law” : un droit qui naît de la pratique, par la jurisprudence, et sans poser autant d'a priori sur ce qui constitue le juste.

Peut-être que c'est sur l'anglais qu'il faut s'appuyer pour mieux penser tout ça.

En bonus je vous livre un extrait des paroles d'une chanson que j'avais écrite il y a bien longtemps, à l'époque de DADVSI :

Des artistes mangent des pâtes à cause de moi
Désolé mais faut pas confondre morale et loi

C'est certes pas du Victor Hugo, mer sa me fezer golri 2 finir par sa.

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