la véritié, une question de survie

Il y a genre 2 ans je regardais un débat entre Sam Harris et Jordan Peterson, dans lequel, à un moment, les deux participants bloquent sur la définition de « vérité ».

Peterson essaye de donner pour définition de la vérité :

ce qui te fait survivre

…définition que Sam Harris rejette en lui donnant tout un tas d'exemples-jouets théoriques (Peterson appelle ça les “pet examples” je crois).

Ce matin je me posais la question suivante :

Pourquoi est-on autant attaché à la vérité ?

Je me suis dit : c'est peut-être que moi, en fait, alors :

Pourquoi suis-je autant attaché à la vérité ?

…et puis je me suis rappelé la période 2020-2022, et tous ces débats sur la dangerosité ou l'absence de dangereusité du covid, sur la dangerosité ou l'absence de dangerosité des traitements expérimentaux (les « vaccins » comme les appellent certains).

Il y avait à cette époque un lien très fort entre vérité et surive.

Ta survie dépendait du fait que tu détiennes la vérité.

Mais aussi, tyranie démocratique oblige :

Ta survie dépendait du fait que les autres détinssent la vérité.

C'était le sentiment en tous cas, de tous les bords :

  1. les paniqués du début, qui criaient “STAY AT HOME” tenaient absolument à ce que tout le bas peuple ignare et abruti comprenne bien le “flatten the curve” et respectent les mesures de confinement
  2. les sceptiques de la fin, qui doutaient de l'absence d'effets secondaires des inoculats Pfizer, et qui voulaient que les moutons de Panurge “ouvrent les yeux

Oh, comme j'aurais aimé n'être que dans la deuxième catégorie… Heureusement qu'on peut masquer ses anciens posts sur les réseaux sociaux, pour prétendre plus tard avoir toujours été dans le bon camp ^_^

Donc ça, c'était 2021, et il y avait un lien évident entre vérité et survie.

En général, le lien est loin d'être aussi fort.

Il nous arrive parfois de défendre des positions bec et ongles, sans que pourtant on puisse imaginer qu'il y ait un quelconque lien entre le fait de détenir cette vérité anecdotique et notre survie.

C'est marrant d'avoir des jeunes neveux, car les observer invite à des réflexions sur sa propre enfance.

Par exemple, quand je fais mine de ne pas croire ma nièce de 8 ans sur une connerie sans importance — genre sur le moment où elle a décidé de se cacher dans le garage pour me faire peur — et qu'elle s'énerve : « MAIS POURQUOI TU ME CROIS PAS ? ».

Ce que je retire de tout ça, c'est qu'il semble qu'on a(it) besoin d'être cru, et d'être cru régulièrement, parce que de notre crédibilité sociale dépend notre survie.

On n'est pas loin non plus de cette histoire du mec qui crie au loup, sans que ça impacte sa survie au début, mais qui finit par se faire bouffer à la fin, justement parce qu'il a perdu tout crédit social : quand il dit un truc, on ne le croit plus.

Alors, à chaque fois que quelqu'un nous manifeste qu'il ne nous croît pas, on a l'impression de perdre un point de crédibilité — Maxis aurait dû ajouter ce compteur dans Les Sims —, donc de diminuer nos capacités futures à être cru, donc de diminuer nos chances futures de survie si, par exemple, on crie : « attention, il y a le loup », ou encore « attention, il y a le covid », ou encore « attention, il y a les effets secondaires ».

C'est pour ça, je crois, qu'on est prêt à défendre n'importe quelle petite vérité, aussi insignifiante puisse-t-elle sembler à l'échelle d'une vie ou à l'échelle du monde.

C'est vrai qu'àprès tout, qu'est-ce qu'on en a à foutre de savoir si c'est vrai ou pas que des chèvres OGM peuvent produire de la soie dans leur lait ?

Et pourtant, 23 ans après, ce discrédit que m'avait infligé un adulte quand j'avais 10 ans me hante encore.

Olivier J., je te déteste.