La causalité, c'est compliqué

La causalité, c'est vraiment un truc auquel j'ai un rapport, je crois… bien à moi.

Je suis très ambivalent là-dessus.

D'un côté, les systèmes causa(ls|ux) m'attirent beaucoup.

Petit, j'aimais la physique, l'électronique, la robotique.

Et, très tôt, le lien entre alimentation et santé (même psychique) m'a intéressé aussi. Un jour, un ORL a voulu m'enlever les végétations (opération dont on connaît les risques postérieurs) parce qu'il me trouvait sourd. Heureusement ma mère a senti la vénalité du type, et m'a emené voir un médecin pas véreux, qui a constaté que j'avais… une otite. Je faisais des otites à répétitions petit. On m'a fait arrêter la consommation de produits laitiers, et je n'ai plus jamais refait d'otite.

Donc la causalité, c'est plutôt important, très concrètement, dans ma vie.

Bien plus récemment, j'ai découvert la théorie des cycles générationnels de Strauss et Howe, puis Philippe Fabry et sa discipline, l'historionomie, et puis les théories de l'Histoire d'Hegel et de Marx (articulées autour de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit).

Et là, on est dans de la recherche de causalités dans l'Histoire, ce qui semble une entreprise bien plus périlleuse que rechercher des causalités en physique, en chimie, a fortiori en biologie et en climatologie, et même dans des « sciences » (lol) molles comme la sociologie.

Un peu avant les théories de l'Histoire, j'avais découvert Philippe Guillemant, et sa théorie très originale de la rétrocausalité, et ses critiques osées sur un certain nombre de choses, notamment celle de la théorie de l'évolution, qui par ailleurs me fait penser à ce qu'il y a d'écrit sur la carte de Dieu dans la série The Leftovers :

Yes, evolution is real, but it doesn't work how you think it does.

The Lefovers, s03e05, vers la 23ème minute

Et j'ai adoré Cloud Atlas et Dirk Gently (les 2 séries, mais surtout l'américaine), donc évidemment les théories de Guillemant me plaisent bien.

Je ne crois pas que l'univers soit un orgue de barbarie, où tout est écrit d'avance, mais où on aurait l'impression que le Do vient après le Sol7 parce qu'un Sol7 doit être suivi d'un Do, mais qu'en réalité le Do est écrit avant le Sol7 et joué après, et le Sol7 serait écrit après le Do et joué avant uniquement pour permettre de résoudre la cadence de façon parfaite sur le Do.

Pour le dire plus simplement : je ne crois pas que le temps déroule en mode « destin », et que la causalité elle-même ne serait qu'un biais cognitif type post hoc, non est propter hoc. Mais c'est une croyance. Ni moi ni personne ne peut prouver que la causalité existe. Et c'est un vrai problème épistémologique, d'ailleurs.

M'enfin de toutes façons il n'y a pas forcément à choisir entre ces deux croyances, car la rétrocausalité de Guillemant n'est pas incompatible avec des théories très causales de l'Histoire, comme celles de Marx ou celle de Fabry. C'est d'ailleurs pour ça que Guillemant appelle sa théorie La Double Causalité, et ce n'est probablement pas à la légère non plus qu'il a appelé les périodes de causalité forte (où la probabilité de changement de ligne de temps est faible) « périodes de travail ».

Un autre truc qui fait que j'ai un rapport bien particulier à la causalité, c'est que j'écris beaucoup de code informatique. Et écrire du code informatique, c'est essentiellement écrire des causalités :

if then else

donc je crois que la causalité existe. Comment pourrais-je fonctionner au quotidien autrement ?

Mais même dans le beau monde apparemment parfaitement causal de la programmation informatique, on n'est pas à l'abri d'un bit flip, qui fait péter un record de speedracing à un joueur de Super Mario.

Et quand j'avais regardé Matrix Reloaded pour la première fois (adolescent), j'avais été très frappé par le discours du Mérovingien (transcript ici) :

Voyez-vous, il y a une seule et unique constante. Une seule règle d'or, une seule et unique vérité absolue : la causalité. Action, réaction. Cause et effet.

(…)

Je vous en prie My Darling. Je vous l'ai déjà dit. Nous sommes tous victimes de la causalité. Chaque fois que je bois trop de vin, il faut que je pisse. Cause et effet. Au revoir.

Bref, la causalité, c'est compliqué, et il est bien des domaines dans lesquels les gens prétendent la comprendre (biologie, climatologie) voire la maîtriser (marketing), et je trouve ça un peu bullshit.

Mieux vaut faire de la bureautique.

Et prier pour qu'un rayon cosmique ne tombe pas sur le mauvais transistor.

Bon je vous laisse : j'ai bu trop de vin ; faut que j'aille pisser.

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