le seul truc intéressant dans la Ğ1

La Ğ1 est une monnaie (libre) basée sur une certification d'identité pair-à-pair (la toile de confiance).

Cette toile de confiance était un choix technique motivé par un désir de se passer d'autres techniques d'identifications (papiers d'identité officiels, biométrie, etc…).

Mais cette toile de confiance recèle un potentiel insoupçonné, et inutilisé.

Cette toile de confiance n'est pas la seule qui existe, mais, parce que rentrer dedans est la condition sine qua none pour produire la monnaie, elle incite même Mme Michue, qui n'est pas une geek, à rentrer dedans.

Et un système d'identification comme ça, c'est le Graal. C'est ce dont rêve Facebook, c'est ce dont rêve Google, c'est ce dont rêve LinkedIn.

Et on pourrait faire plein de choses avec cette toile de confiance.

Ça par exemple :

des diplômes et certifications professionnelles pair-à-pair, un cas d'utilisation de la WOT Ğ1

Le grand Paul Graham, créateur de HackerNews, ViaWeb et YCombinator, peintre et développeur Lisp, a listé dans une conférence les grands problèmes informatiques qui restent non résolus :

Keynote: Paul Graham, YCombinator

Et il y parle des diplômes, des “credentials”…

C'est quoi, un diplôme ?

Se faire diplômer, c'est se faire valider, par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider par quelqu'un qui s'est fait valider…

Vous comprenez l'idée : il y a un problème de récursivité dans cette affaire.

Les gens qui codent ont, je crois, peu de considération pour les diplômes. On a tendance à se reconnaître dans le Hacker Manifesto :

we've been spoon-fed baby food at school when we hungered for steak

(…)

I found a computer. Wait a second, this is cool. It does what I want it to. If it makes a mistake, it's because I screwed it up. Not because it doesn't like me… Or feels threatened by me… Or thinks I'm a smart ass…

…et en grands autodidactes, on ne peut pas avoir beaucoup d'estime pour l'institution scolaire.

Pour avoir été un peu à la fac, j'ai bien constaté que les cours de C/C++ y étaient d'un niveau très inférieur à ce qu'on pouvait trouver à l'époque sur le Site du Zér0 (hélàs depuis devenu OpenClassRooms). Inexacts, peu enthousiasmants, et qui ont le don de rendre ennuyantes des disciplines qui sont passionnantes à la base.

M'enfin Ivan Illich a déjà dit tout ça bien avant moi. En 1971, ce mec avait déjà inventé les cours par internet, donc ça dit un peu le niveau de capacité d'anticipation du gars.

comment évaluer la compétence

Je crois que tout être humain est capable d'estimer sans trop se tromper du niveau de compétence d'un autre être humain, pour peu que ce niveau soit proche du sien.

Et, bien sûr, plus le niveau de compétence de quelqu'un est grand, plus il est à même d'évaluer son propre niveau, et celui de tous les autres.

C'est le fameux « Effet Dunning-Kruger », dont je ne vous mets pas le lien Wikipédia, car la présentation qui y en est faite est erronée encore en ce 25 octobre 2023, et que j'ai la flemme de le corriger, mais vous pouvez lire ça ; c'est probablement bien :

The Dunning-Kruger Effect Isn’t What You Think It Is

Pour revenir à mon sujet :

En se basant sur la toile de confiance de la Ğ1, on pourrait faire un système pair-à-pair de certification de qualification et de compétence.

ça pourrait marcher de la sorte

Si je dis que Fred est plus compétent que moi dans l'usage de l'outil Docker, et que Fred dit que je suis moins compétent que lui, la certification est stockée dans la blockchain.

Fred > Boris

Si Fred dit que Yann est plus compétent que lui dans l'usage de l'outil Docker, et que Yann confirme qu'il est plus compétent que Fred en Docker, la certification est stockée dans la blockchain.

Yann > Fred

Puisque :

Yann > Fred > Boris

…et que “>” est une relation transitive, tout un chacun peut déduire que :

Yann > Boris

et, s'il cherche quelqu'un pour utiliser ou lui enseigner Docker, il saura trouver le professoinnel le plus compétent.

Il saurait même si un tarif de formation est justifié ou non (il semble rationnel que les gens plus compétents facturent plus cher).

En visualisant sous la forme d'un graph ces chaînes de compétences, on pourrait aisément trouver les gens effectivement compétents.

Et si, sur un domaine, il y a 2 (ou plus) pyramides de gens compétents sans lien, ça peut poser des questions intéressantes (mais je n'y ai pas assez réfléchi).

et on pourra…

Et on pourra définitivement mettre à la poubelle l'académisme.

Et on pourra définitivement mettre à la poubelle le pseudo « consensus scientifique » (ou, devrait-on dire plutôt « consensus pseudo-scientifique » ?).

Et on pourra définitivement mettre à la poubelle les prix Nobel.

Et on pourra définitivement mettre à la poubelle les prix de la banque de Suède en l'honneur d'Alfred Nobel.

Peut-être même qu'on pourra mettre à la poubelle les Prix de Rome.

le paradoxe de la toile de confiance

Dans l'interview suivante :

A Conversation with Paul Graham - Moderated by Geoff Ralston

Il est dit, vers la vingtième minute :

GEOFF RALSTON: …but there's kind of a deep lesson in that and how you how you pick, whether it's employees or co-founders, it's you find someone you trust and they find someone they trust
PAUL GRAHAM: Yeah, although, here's an interesting point: that works better for some qualities than others, like intelligence. Intelligent people can judge other intelligent people, but trustworthy people cannot judge other trustworthy people. In fact, trustworthy people are often fooled by untrustworthy people.

Est-ce à dire que la toile de confiance de la Ğ1 va se péter la gueule, par manque de méfiance de ses usagers ?

J'sais pas.

Mais, en tous cas, ça nous dit que la WOT serait bien plus utile pour informer tout un chacun sur le statut de compétence d'un individu que sur la confiance qu'on peut avoir dans le fait qu'il ne va pas tricher sur la création monétaire.

Ça nous renvoit aussi au TEDx d'un fondateur de BlaBlaCar :

La confiance, moteur de partage: Frederic Mazzella at TEDxPantheonSorbonne

dans lequel il croît parler de confiance, alors qu'on pourrait se demander si le problème dont il est question dans ses exemples n'est pas plutôt un problème de compétence.

voir aussi