« je crée de l'emploi »

J'ai déjà parlé dans un précédent billet du côté mensonger de l'expression « offre d'emploi ».

Je vais enfoncer le clou en m'attaquant à une autre expression : « je crée de l'emploi ».

Une expression qu'on entend un peu partout ; j'en veux pour preuve qu'on l'entend même dans Plus Belle la Vie, dans la bouche de Vincent Chomet, l'architecte entrepreneur que, si PBLV avait continué en 2023, on aurait probablement vu au volant d'une Tesla. Mais je m'égare…

Bon, allez, ça va être vite expédié :

Ce n'est pas le capital qui crée le travail, mais bien le travail qui crée le capital, à travers le mécanisme du profit, qui n'est rien d'autre qu'une ponction sur le temps de vie des gens qui bossent (c'est-à-dire : pas les actionnaires).

Alors devant ce triste spectacle de vampirisation, j'ai envie de crier :

« BUFFY, AU SECOURS !!! »

Ou simplement répondre au mec qui dit « je crée de l'emploi » la chose suivante : « eh, calme toi garçon, tu ne fais rien d'autre qu'acheter du travail à certains pour le revendre plus cher à d'autres ; il n'y a vraiment pas de quoi être fier ».

Quelques nuances…

Il y a « patron » et « patron »

Bon, il ne faut pas mettre tous les « patrons » dans le même sac.

« patron » est un terme bien mensonger, d'ailleurs, car il permet de mettre dans le même sac :

  1. des actionnaires, des capitalistes, qui ne travaillent pas et se nourrissent du travail des autres
  2. des petits entrepreneurs, qui parfois se voient obligés de rémunérer leurs salariés plus qu'ils ne peuvent se rémunérer eux-même (à heure de travail égale), car en début de création d'activité, il y a beaucup de travail non payé à effectuer : trouver des clients, faire de la paperasse, mettre en place une organisation de travail, apprendre les ficelles du métier, et du marché…

En début d'activité les petits entrepreneurs ont souvent une situation moins enviable que les salariés.

Au moins ils ne sont pas dans un contrat de salariat, donc pas subordonnés à un supérieur. Dans une certaine mesure, ils peuvent exercer leur activité comme bon leur semble.

M'enfin devoir se plier en quatre pour ses clients et pour le marché n'est pas forcément beaucoup plus agréable que de se plier en quatre pour un patron.

C'est le genre de trucs que Frédéric Lordon dit dans un de ses bouquins ou une de ses vidéos, je sais plus.

Le statut ? osef !

Et puis maintenant, avec l'uberisation, on voit bien que ce n'est pas le statut juridique d'une activité qui permet de déterminer si on est exploité ou pas.

Les coursiers Uber ont bien le statut d'entrepreneur individuel, et pourtant on ne leur paye clairement pas la totalité de ce qu'ils produisent. Car Uber a bien des actionnaires, des gens qui vivent sur le travail des autres, car Uber leur verse probablement des dividendes. À vérifier, mais même si les actionnaires d'Uber décident pour l'instant de mettre en réserve les profits dans le but de croître, ce n'est que pour mieux verser des profits plus tard, ou a minima pour faire un bénéfice sur la revente future de leurs actions.

À moins que, chez Uber, ce soient les développeurs qui soient exploités, et non les coursiers.

Il faudrait étudier et réfléchir davantage à la chose.

Toujours est-il que tout le monde passe au prolétariat, que les gens en soient conscients ou non.