changer de monnaie ne change rien

Changer de monnaie ne change rien.

Et je ne parle pas de monnaies locales, ces trucs sans intérêt qui ne sont rien d'autres que des jetons d'euros, juste moins pratiques.

Non, je veux parler de la monnaie libre Ğ1.

Le gros de ses utilisateurs pensent qu'elle va changer le monde, le rendre plus juste, plus égalitaire, moins dépendant de la croissance.

C'est oublier que toutes ces choses ne sont pas le produit de la monnaie dette, mais bien du mode de production capitaliste, et que celui-ci s'accomode très bien de n'importe quel système monétaire.

la monnaie dette : un point de détail de l'exploitation

Le capitalisme s'accomode très bien de n'importe quel système monétaire.

Car la monnaie n'est que le voile (le fétiche) qui masque la réalité, et cette réalité c'est le vol par le capital d'une partie du travail produit par le travailleur. Le profit capitaliste, c'est de l'exploitation, c'est-à-dire, du travail non-payé.

Si une partie du travail peut n'être pas payée, c'est parce qu'il y a un rapport de force entre capitalistes et travailleurs, et que ce rapport de force est toujours à l'avantage des capitalistes. Il y a quand même de courtes périodes qui suivent les destructions massives de capital, comme les trente glorieuses, après 39-45, où les salariés avaient un fort pouvoir de négociation de l'extortion qui leur était faite, et récupéraient par rapport à aujourd'hui une plus grande partie de ce qu'ils produisaient. Le taux d'exploitation était inférieur.

Pour comprendre simplement ce qu'est le profit capitaliste, il suffit de regarder ce qu'étaient les banalités au Moyen-Âge : le seigneur possédait le four, donc quiconque venait cuire du pain dans le four devait en donner la moitié au seigneur.

Le profit capitaliste n'est pas grand chose de plus que ça, si ce n'est qu'il est médié par la monnaie, et que le salarié est subordonné à son employeur, ce qui n'était pas le cas des villageois du Moyen-Âge, qui pouvaient bien cuire leur pain de la manière dont ils l'entendaient, du moment qu'ils en donnaient la moitié à leur seigneur.

Dans le capitalisme, une monnaie n'est donc jamais rien d'autre que l'intermédiaire de représentation du temps de vie volé.

Que la création monétaire soit l'apanage de certains ou la même pour tous ne change dans les faits presque rien.

changer de monnaie n'enlève pas non plus l'obligation de croissance

Quant à la croissance, c'est effectivement une nécessité du capital, mais elle n'est pas dûe à la monnaie-dette ni au paiement de l'intérêt : elle est causée par le fait qu'il faut payer les dividendes des actionnaires.

Et puisqu'il faut payer les dividendes, il faut vendre. Et puisqu'il faut vendre, il faut produire et que l'offre rencontre une demande solvable (pour faire simple : que les gens aient des sous et veuillent changer de frigo ou acheter une nouvelle voiture).

Et si les gens ne veulent pas consommer, il va falloir les y inciter, avec de la pub sous toutes ses formes. Et quand la pub ne permet plus d'inciter gentillement les gens à acheter, il faut y forcer, créer des consommations obligatoires. Et c'est là que l'État fait son grand retour, et qu'on constate de nouveau que le capitalisme ne fait pas bon ménage avec le libéralisme, et que l'État est lui aussi une nécessité du capitalisme.

On voit alors apparaître :

changer de monnaie empêche les crises de grande ampleur ?

Il y a là peut-être une des promesses que la monnaie libre peut tenir : sans crédit chimérique, il est plus compliqué de produire trop de valeurs hypothétiques qui ne s'actualisent pas (qui ne se vendent pas).

En tous cas en monnaie libre, il n'est pas dans le pouvoir d'une petite clique de banquier privés de choisir pour tous de quoi leurs unités monétaires seront le miroir. En monnaie libre, chacun, par le biais de ce qu'il produit et propose à la vente, décide à égalité de la valeur qu'aura la monnaie.

La valeur de mes euros est décidée par une poignée de banquiers.

La valeur de mes Ğ1 est décidée par 8000 personnes, dont moi, à égalité avec tous les autres (cette partie là est très importante).

conclusion

La TRM est un texte théorique intéressant mais, dans les faits, parmi les 4 libertés économiques, la plus importante reste la deuxième : La liberté d’utiliser les ressources, et ça, ça n'a rien à voir avec la monnaie.

Enfin, même si on opérait une réforme complète de la répartition des ressources pour que chacun avait sa quote-part de puits de pétrole, de m² en région parisienne, de terres cultivables, de forêt et de mine de cuivre, il reste que l'essentiel de la richesse consiste en la possession de parts d'entreprise, c'est-à-dire de machines, de propriété intellectuelle, de droit des marques et de notoriété, bref, de travail mort généralement créé par les générations d'exploités qui nous ont précédé.

Bon, la TRM a quand même le mérite de clore l'histoire de la monnaie : après elle, plus personne ne pourra rien écrire sur la monnaie qui n'aura déjà été écrit dans la TRM ou les analyses précédentes. La TRM clôture (ou en tous cas marque un seuil dans) 5000 ans d'Histoire (car l'Histoire n'est jamais rien que l'Histoire des écritures comptables).

Lire aussi : La Monnaie, Rapport Social