On ne change pas

« On ne change pas » : ces mots ne sont pas que les paroles d'une chanson de Célion Dion.

Je discutais avec un pote récemment, qui me disait que, niveau comportement et personnalité, il était revenu vers la norme de ce qu'il était au collège.

Nous étions ces garçons, qui se posaient au fond de la cours pour échanger des cartes Magic: The Gathering.

Les outcasts, les misfits, les freaks et les geeks.

Quelque chose s'est passé ces derniers temps.

Je ne sais pas si c'est l'effet Covid ou simplement le passage à 33 ans, mais toujours est-il que je n'ai plus envie de me faire chier avec les gens.

Marre de faire des efforts auprès des gens que je côtoie en espérant qu'un jour ils me comprennent.

En informatique, quand un outil ne marche pas comme on veut, on s'engage parfois dans des travaux de réparation, de “customization” et d'adaptation de l'outil à nos besoins particuliers pour souvent finir par se rendre compte qu'on a engagé des dizaines d'heures (quand ce n'est pas plus) pour ça, quand il aurait été plus raisonnable de rechercher un autre outil. L'ironie de ce qui se passe au moment où j'écris ces mots, c'est que j'ai un doute sur l'orthographe du mot « raisonnable » (un n ou deux n ?), et que j'ai commencé à me lancer dans une recherche pour comprendre comment activer la vérification orthographique en français dans mon éditeur de texte Markdown (ReText).

Il reste qu'il est plus facile de changer d'outil que de changer d'amis.

Dans les deux cas on se trouve face au piège abscons des coûts irrécupérables.

Mais l'amitié ajoute une dose de complexité supplémentaire : il y a un investissement émotionnel.

Bref, je semble être redevenu la personne insupportable que j'étais au collège ; peut-être n'ai-je jamais cessé de l'être, au fond.

J'ai pu pendant des années enfouir toutes mes exigences de précision sur les mots et la logique sous une couche d'agréabilité, jusqu'au jour où je n'en étais plus capable.

Et au final qu'en ai-je retiré ? Certains me prennent pour un fou, d'autres pour quelqu'un qui « croit tout savoir ». Peu me voient tel que je suis vraiment. Peu m'écoutent ou, en tous cas, peu m'entendent.

J'ai décidé de me concentrer sur ce « peu ».

Il paraît qu'il faut traiter ses amis non pas comme des moyens mais comme des fins.

Belle théorie.

Dans la pratique, moi, j'espère après ma mort laisser un souvenir à peu près exact de qui j'étais.

Peut-être est-ce illusoire.

Peut-être qu'on ne connaît jamais vraiment les gens, qu'on ne fait que se croiser un bref instant, sans jamais vraiment se voir ou se comprendre.

Se connaît-on seulement soi-même ?