la vérité -VS- l'amitié

Quelle frustration j'éprouve, discussion après discussion, à parler de « la vérité » avec des gens que je côtoie !

Difficile d'expliquer à quelqu'un qui ne s'est jamais approché d'une quelconque pratique scientifique que la science ne dit pas le réel, mais se contente de faire des prédictions sur l'avenir.

Oh la frustration, quand on entend des choses comme : « bah, non, prédire l'avenir, c'est pas de la science, c'est de la voyance, c'est Nostradamus ».

Difficile d'expliquer à un autre que la petite histoire des atomes de Démocrite n'est rien de plus que ça, et que l'univers n'est probablement pas fait de petites boules insécables qui s'entrechoquent.

Les gens sont attachés à l'idée de vérité.

Difficile alors d'expliquer que la science ne permet jamais de savoir ce qui est vrai ; elle permet juste de cartographier ce qui est faux. Ou, en tous cas, de mettre de côté des hyptothèses et des théories dont la valeur prédictive est faible, et invalidée par les observations.

Firas Zahabi a eu l'occasion d'expliquer sur un podcast à grande écoute (chez Joe Rogan) ce qu'était une hypothèse réfutable, et de façon très pédagogique.

La science, ce n'est rien de plus que ça : une collection d'hypothèses réfutables, dont certaines sont plus en vogues que d'autres à un moment (lire ou relire Thomas Kuhn), mais dont on peut imaginer que toutes seront réfutées un jour où l'autre, au fur et à mesure que se rafine notre compréhension du monde.

Comme le dit le statisticien Pierre Chaillot :

Les statistiques ne sont jamais utilisées pour prouver que quelque chose est vrai, mais au contraire pour vérifier si on arrive à montrer que quelque chose est faux.

Même quelqu'un qui prétend avoir quelque culture scientique, comme Thomas Durand, de La Tronche en Bias, est très décevant lorsque, sur l'Atlantide, il conclut :

L'examen des faits disponibles nous conduit à la conclusion décevante que l'Atlantide est une fiction inventée par Platon pour défendre son idée d'une cité parfaite.

(…)

C'est une belle histoire, une légende qui mérite qu'on la raconte

On aimerait des fois qu'Acer Mendax se mette en cohérence avec les principes auxquels il prétend croire, et notamment le plus fondamental : l'absence de preuve de l'existence n'est pas la preuve de l'inexistence.

Surtout quand tu cherches l'absence de preuve de l'existence au mauvais endroit. Mendax gagnerait à lire attentivement le Critias, et à ouvrir un dictionnaire pour apprendre la signification des expressions « en deçà » et « au delà ». Peut-être aussi gagnerait-il à étudier ce qu'était la géographie du Sahara il y a 10 000 ans. Mendax me fait penser au mec qui a perdu ses clefs dans l'ombre et les cherche à l'endroit où il y a de la lumière parce qu'il n'y a que là qu'il voit clair.

On ne peut pas parler de tout avec tout le monde ; c'est bien ça la leçon que je retire de tout ceci.

Chacun est dans son référientiel après tout. Comme le dit Stéphane Laborde :

C'est vrai que les gens ont du mal à se retrouver à quelqu'un qui leur dit « non, je ne suis pas d'accord ». Mais le principe de relativité, c'est essentiellement ça, c'est fondamentalement ça : c'est de comprendre qu'on a en face de soi quelqu'un qui n'est pas dans le même référentiel, et qui est capable de te dire « NON » à tout ce que tu crois savoir.

En tous cas, moi, je n'arrive plus à discuter avec des gens qui ne sont pas suffisament ouverts pour admettre qu'un autre point de vue que le leur est parfaitement recevable. Si en plus ils n'ont même pas la culture nécessaire pour discuter d'un sujet à un niveau suffisant, c'est juste frustrant, désespérant, d'autant plus désespérant que moi-même je n'ai même pas lu Karl Poppers (ni tout un tas d'autres trucs d'ailleurs).

Car si ça me vexe d'être pris pour un débile ou pour un fou par des gens que je considère plus sachants que moi, ça me fait un tout autre effet (le désespoir ?) lorsque cela vient de personnes moins renseignées sur un sujet.

Alors il me faudra segmenter : rechercher la vérité dans des groupes dédiés (avec des gens ouverts, logiques, et dépourvus de biais d'académisme), mais avec les gens que je côtoie me contenter de faire du frisbee, boire une bière, parler de la pluie et du beau temps, et demander inlassablement : « tu regardes quoi toi comme série en ce moment ? ».

Ça m'avait un peu surpris il y a 2-3 ans quand j'avais entendu Philippe Guillemant (le papa de la théorie de la double causalité) expliquer que certaines idées avaient besoin d'espaces de discussion protégés pour être développées.

Je comprends mieux maintenant.