la démocratie : sujet à éviter

On ne parle pas de politique

C'est le mot d'ordre pour passer un repas de famille agréable, en évitant tous les conflits.

Avec ses amis, on peut facilement parler de politique… à condition d'être d'accord sur les fondamentaux.

Il y une position que je trouve difficile à assumer socialement : c'est le rejet de la démocratie.

J'ai essayé par deux fois de tenir cette position, libertarienne, et à chaque fois ça s'est mal passé.

La première fois, parce que j'étais avec un ancien communiste en reconversion socdem.

La deuxième fois, je n'ai même pas tellement essayé d'argumenter, tant je mesurais à quel point dans le contexte (à la terrasse d'un bar) il m'aurait été laborieux de faire entendre les arguments présentés par Robert Nozick dans Anarchie, État et utopie. Après avoir brièvement mentionné que je n'étais même pas d'accord avec l'existence d'un État régalien, d'un État qui même ne me taxerait que pour constuire des routes, j'ai rapidement changé de sujet.

Et je comprends la réaction en face. Nozick en parle dès le troisième paragraphe de son bouquin :

beaucoup rejetteront aussitôt nos conclusions parce qu'ils se refusent à donner leur adhésion à des idées si visiblement indifférentes aux besoins et aux souffrances d'autrui. Je connais cette réaction ; elle fut la mienne quand j'entrepris d'étudier ces idées. A mon corps défendant, je me suis laissé convaincre par ces idées libertariennes (ainsi qu'on les qualifie souvent aujourd'hui) à la suite de diverses considérations et argumentations. Ce livre témoigne assez peu de mes réserves premières. Il présente plutôt nombre de ces considérations et arguments, que je m'efforce d'exposer de la manière la plus convaincante possible. Ce faisant, je cours le risque de choquer à un double titre : par la position que j'expose et par les raisons que j'avance à l'appui de ma position.

J'avais acheté ce livre le 19 mars 2021.

Deux ans plus tôt, je n'en étais pas là, loin de là. Je garde un vif souvenir de cette discussion que j'avais eu avec un pote, car le bug mental que m'avait provoqué sa réflexion m'avait profondément marqué, et invité à me mettre en cohérence :

J'avais demandé grâce, car je voyais bien que mon système de valeurs n'était pas cohérent, et qu'il fallait donc que je prenne le temps de le réviser.

Finalement c'est assez simple de destabiliser le modèle du monde de quelqu'un, mais il convient de lui laisser une porte de sortie de la discussion, car sinon c'est de la cruauté. Et de toutes façons par égo l'autre va camper sur ses positions et se mettre à raconter n'importe quoi, juste pour éviter d'avoir l'air con en gardant le silence et en réfléchissant. C'est pour ça que je préfère l'écrit, surtout en différé ; ça permet davantage la réflexion.

Si on demande alentour : vous êtes pour les impôts et les côtisations sociales ?, on entendra probablement crier OUIII en cœur.

Mais si on reformule cette même phrase pour dire la même chose sous d'autres termes, à savoir : vous êtes pour les travaux forcés ?, il y a peu de chance que le consentement soit aussi unanime.

Pourtant, c'est exactement ça, l'impôt démocratique : un système de travaux forcés, médiés par ce fétiche qu'est la monnaie (fétiche au sens où ça cache la réalité : le travail).

Les gens voudraient une bonne utilisation de leurs impôts. Ils voudraient que leurs impôts soient utilisés de la même façon que celle qu'eux-mêmes décideraient. Mais, alors… quel est l'intérêt de l'impôt ?